Chostakovitch par Mariss Jansons

Face à une discographie pléthorique, Mariss Jansons et le Concertgebouw d’Amsterdam réussissent l’impossible pari d’allier luxuriance et mystère, tensions paroxystiques et beauté des timbres et d’inscrire leur enregistrement de cette « Dixième » de Chostakovitch comme la référence moderne.

Mais quel orchestre ! Certes moins puissant que l’Orchestre philharmonique de Berlin et peut-être moins typé que ceux de Dresde, Vienne ou, voire, de la Radio de Bavière, le Concertgebouw d’Amsterdam possède une cohésion d’ensemble, une finesse des timbres, une simple beauté de son auxquelles aucune autre phalange d’aujourd’hui ne peut prétendre. Dès lors, l’écoute d’un tel disque, magistralement capté lors de trois concerts par les équipes de Polyhymnia, comme toute cette série RCO Live, offre d’abord un pur plaisir hédoniste. À la suite de Bernard Haitink et de Riccardo Chailly, Mariss Jansons a su maintenir l’orchestre au sommet et l’on ne peut que s’en ­réjouir. Son interprétation semble au premier abord d’une limpidité et d’une ­simplicité idéales : il faut avoir entendu la perfection des cordes graves dans l’introduction du Moderato, l’évidence des respirations et des phrasés.
Par sa simplicité apparente, sa décantation tranquille, elle se situe en marge de la discographie de l’œuvre, à laquelle nous avions consacré une écoute en aveugle dans notre n° 107, et qui était dominée par la grandeur épique d’Herbert von Karajan 1966 (DG) et Bernard Haitink live (Q Disc), la profondeur de Dmitri Kitaenko ­(Capriccio) et la rage désespérée de Kirill Kondrachine (Melodiya). Mariss Jansons se situe à l’opposé. Il propose dans la Dixième Symphonie, la plus classique des grandes symphonies de Dimitri Chostakovitch, une forme de pudeur, une attention à la transparence des textures et à l’épanouissement des solistes instrumentaux que l’on pourrait qualifier de chambriste – nonobstant la nature profondément " symphonique ", dramatique et tragique de l’œuvre. Ce faisant, Mariss Jansons rapproche comme personne avant lui (même pas lui-même, dans son intégrale parue chez EMI), la Dixième de la Quinzième, de ses climats ambigus, de son " lyrisme ­philosophique " et de sa ­fascination du vide.Une Dixième de référence, à l’instar de la fabuleuse ­Septième parue chez le même éditeur.
Dimitri Chostakovitch
(1906-1975)
CHOC
Symphonie n° 10
Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, dir. Mariss Jansons
RCO Live 13001 (Codæx). 2009. 53′ Nouveauté