Pascal Amoyel appartient à cette élite du piano qui, loin de toute médiatisation, a enregistré Alkan. Il a déjà bien mérité du piano, notamment avec ses Harmonies poétiques et religieuses de Liszt et ses Poèmes de Scriabine. Mais là, c’est autre chose. Jouer cette musique suppose, outre une virtuosité plus que transcendante, une concentration mentale et une imagination sonore peu communes. Ce qu’il nous découvre d’Alkan est prodigieux. En plus des doigts, il possède le sens du son, le don de faire vivre une musique très particulière et qui, le plus souvent, ne ressemble à rien de connu dans le paysage pianistique romantique. Il n’est certes pas le premier à enregistrer la Sonate " Les quatre âges ", immense poème pianistique suivant pas à pas la destinée humaine, en quatre mouvements de plus en plus lents, depuis la jubilation des " 20 ans " jusqu’à l’évocation de la cinquantaine, sinistrement intitulée " Prométhée enchaîné ". Il en existait déjà au moins six versions, toutes intéressantes car l’on imagine bien qu’un pianiste ne s’embarque pas sur un tel océan sans de puissantes motivations.
Outre la Grande Sonate, sont évoqués ici quelques aspects divers d’Alkan, le romantisme intime (Nocturne en si majeur, Barcarolle), l’évocation pathétique (Chanson de la folle), le poète descriptif et visuel (Esquisses). Non seulement il semble vivre cette musique comme s’il l’improvisait, non seulement il en rend le lyrisme fou et parfois névrotique, mais il fait tout cela avec la plus grande clarté et sait libérer la puissance du piano sans le brutaliser ni se montrer brouillon. Un très grand disque qui devrait contribuer à une meilleure connaissance de celui qui reste le plus étrange compositeur du xixe siècle français.
Charles-Valentin Alkan
(1813-1888)
CHOC
Nocturne op. 22. Barcarolle op. 65 n° 6. Chanson de la fille au bord de la mer op. 31 n° 8. Grande Sonate " Les quatre âges " op. 33. Esquisses op. 63 (livre I)
Pascal Amoyel (piano)
La Dolce Volta LDV11 (Harmonia Mundi). 2012. 67′ Nouveauté
Alkan par Pascal Amoyel
Radio Classique
Pour le bicentenaire d’Alkan, Pascal Amoyel nous fait découvrir la musique étrange de ce compositeur qui ne ressemble à rien de connu.