Il a eu tant d’élèves, tant de d’admirateurs et tant de détracteurs, il a marqué tant de pianistes, qu’on a beaucoup dit et beaucoup écrit sur Alfred Cortot, en particulier en 2012, où l’on aura célébré le cinquantenaire de sa disparition. La notice du livret revient en particulier sur la collaboration au régime de Vichy, avérée, et sur l’antisémitisme de Cortot – moins nettement établi, croit-on comprendre. Mais ce coffret invite à faire l’effort, si on le peut, de se concentrer sur le seul legs discographique du pianiste.S’il ne s’agit pas tout à fait d’une intégrale, puisque manquent en particulier les tout premiers rouleaux, cette " Anniversary Edition " présente un quantité impressionnante d’enregistrements présentés dans l’ordre chronologique, des premiers 78 tours Victor de 1919 jusqu’à des enregistrements beethovéniens inédits de 1959, avec en annexe la musique de chambre (avec Thibaud et Casals) ou la direction d’orchestre (les Brandebourgeois !).
Cette présentation raisonnée, outre qu’elle démontre le soin apporté à cette réalisation – entièrement remastérisée par ailleurs – qui n’a rien d’une anthologie fourre-tout, permet avant tout de suivre l’évolution d’un style. Première constatation, évidente : la limitation du répertoire enregistré. Il faudra accepter d’entendre dans ce coffret les mêmes œuvres (Children’s Corner de Debussy, Préludes et Études de Chopin, Concerto de Schumann…) certes inlassablement réinterprétées, mais aussi réinventées. En 1933-1934, Cortot est ainsi le premier à unifier les Préludes de Chopin en un seul cycle continu, alors qu’il considère encore les Études comme une suite de paysages. En 1942, la rhétorique est plus fouillée, nous révélant des Études plus creusées, moins survolées, mais des Préludes tendant vers la dislocation à force d’attention aux détails expressifs, dislocation patente dans la prise inédite de 1957.
On trouve en effet, pour parfaire l’intérêt du coffret, de nombreux inédits, comme ces Schumann sophistiqués de 1953 ou, de 1922, Triana d’Albéniz, enfin et surtout, ces larges fragments de Beethoven crépusculaires joués et commentés en 1958-1960, ce Beethoven adoré qu’il joua si souvent et ne put enregistrer que dans ces conditions, où s’exprime sans fard la germanophilie qui explique Cortot, jusque dans ses égarements politiques.
Alfred Cortot
(piano)
CHOC
" Anniversary Edition "
Œuvres pour piano seul, musique de chambre, concertos.
Jacques Thibaud (violon), Pablo Casals (violoncelle), Charles Panzera (baryton), Maggie Teyte (soprano), Charles Munch, Landon Ronald (chefs)
EMI 40 CD 5099970490725. 1919-1960. 43 h
Nouveautés/Rééditions
Alfred Cortot Anniversary Edition
Radio Classique
Emi honore l’immense artiste que fut d’abord Alfred Cortot, référence pour un grand nombre de grands pianistes d’aujourd’hui.