OLIVIER CHAUZU, PIANISTE CHASSEUR D’ÉCLIPSÉS

Olivier Chauzu le clame fort dans cette réalisation de l'oeuvre pour piano de Samazeuil : il est urgent de réhabiliter la musique française !

Fastes et éclats rutilants d’un postimpressionnisme tirant sur le fauvisme, acrobaties transcendantes et lisztiennes (un Liszt revisité par Skarbo) ou eauforte à la pointe sèche d’une svelte polyphonie (Suite, Inventions) : ces musiques admirablement écrites pour l’instrument sont du grand piano au plein sens du terme. Elles exigent puissance, virtuosité, couleur et subtilité de timbre ainsi qu’une précision rompue à toutes les embûches de la grande vélocité. Olivier Chauzu joint à ces qualités une belle et instinctive musicalité et un sens poétique que l’on mesurera à l’aune de l’admirable Chant de la mer. Ce vaste triptyque est un sommet du piano français digne de Gaspard de la nuit.
Olivier Chauzu sait en effet faire chanter les réverbérations d’accords du prélude avec une largeur qui ouvre des perspectives sur le grand large restées insoupçonnées de ses deux prédécesseurs Marie-Catherine Girod et Stéphane Lemelin. Dans " Clair de lune au large ", il resserre imperceptiblement le tempo, conférant ainsi aux tristanesques effusions de ce nocturne l’indispensable cohérence mélodique sans en sacrifier pour autant l’opulence harmonique. Dans le finale (" Tempête et lever du jour sur les flots ", considéré par Cortot comme le sommet absolu du piano français avec " Skarbo "), il triomphe du maelström sonore submergeant l’ivoire de colossales montagnes écumantes, avant de laisser s’épanouir, une fois le calme revenu, l’immense hymne au soleil, resplendissant des éclats d’une étincelante virtuosité qui laisse l’auditeur aveuglé, le coeur battant.
Ainsi l’emporte-t-il sans peine sur ses deux excellents prédécesseurs, par son panache, son imperturbable sang froid au milieu des éléments déchaînés et un engagement total par instant voisin de l’héroïsme. Ces qualités magnifient l’ardent Nocturne à la texture tout orchestrale (c’est la transcription par l’auteur du poème symphonique Nuit, qui connut son heure de gloire avant de tomber scandaleusement dans l’oubli).