LE DUO JATEKOK : Dansons avec elles

Les pianistes Adélaïde Panaget et Naïri Badal viennent de publier « Danses », un opus à leur image : audacieux et coloré.

Pensez-vous avoir été de jeunes prodiges ?
Adélaïde Panaget ­ Oh non! Nous étions inscrites, dès la sixième, en horaires aménagés. Nous avons poursuivi une scolarité " normale ". Je ne viens pas d’une famille de musiciens. C’est après le bac que nous avons compris toutes les deux que nous ne voulions pas faire autre chose que de la musique.
Naïri Badal ­ Ma grand-mère était pianiste et ma mère violoniste amateur. Au Conservatoire régional de Paris, nous avions la même professeure de piano. Notre parcours nous a fait entrer très tôt dans un apprentissage rigoureux. Du CRR, nous sommes passées logiquement au Conservatoire de Paris.
Quatre mains, deux pianos… Avez-vous une préférence ?
A. P. ­ Cela dépend des années! Au début, nous avons privilégié avant tout le quatre-mains parce que nous n’avions pas trop abordé le deux-pianos. Aujourd’hui, ce serait presque l’inverse,parce que le deux-pianos privilégie la dimension soliste, celle qui nous lie à la musique de chambre. Mais, au final, nous pourrions affirmer que le quatre mains est une discipline plus délicate que le deux-pianos.
Parlez-nous de votre répertoire…
N. B. ­ Au début, nous choisissions les oeuvres en fonction des concours, et nous apprenions aussi les incontournables (Mozart, Schubert…). Aujourd’hui, nous sommes plutôt attirées par la musique du XXe siècle. Nous avons récemment donné Le Sacre du printemps, Petrouchka de Stravinsky et West Side Story de Bernstein.
Votre premier disque, " Danses ", réunit des pièces de Borodine, Ravel, Grieg et Barber… Les avez-vous travaillées spécialement pour l’enregistrement ?
A. P. ­ Nous avons voulu consacrer notre premier disque à des pièces peu souvent jouées à quatre mains et qui ont marqué la création de notre duo. C’est uniquement l’oeuvre de Barber que nous avons travaillée spécialement pour le disque. Nous l’avions découverte en jouant quelques extraits des Souvenirs lorsque nous avons présenté le concours de Gand, en Belgique. Nous avons construit notre programme autour des danses en insistant sur le côté " miniatures " des morceaux choisis : la plupart de ceux que nous jouons sont des pièces brèves n’excédant pas cinq minutes.
Parlez-nous de vos programmes actuels et de vos projets pour l’avenir…
A. P. ­ Nous donnons une quarantaine de concerts par an avec des thématiques diverses : par exemple autour de la musique américaine, des Ballets russes, de la Belle Époque en France, des musiques du Danube, de Casse-Noisette… Nous nous produisons également avec d’autres artistes, aussi bien des chorégraphes que des acteurs ou des plasticiens comme l’artiste russe Marina Sosnina.
N. B ­ Ses dessins sur le sable, projetés en vidéo, accompagnent la musique. Cela crée une sorte de dessin animé poétique. Par ailleurs, nous présentons plus régulièrement les oeuvres au public. C’est parfois très utile pour certaines partitions comme En blanc et noir de Debussy. Il ne faut pas non plus abuser de la parole car elle peut rompre le flux musical. Pour nous, il est également indispensable de concevoir des spectacles pour les enfants afin de les amener à la musique classique.
Nous réfléchissons aussi aux jeux de lumières. La contrainte de cet élément de scénographie est que toutes les salles n’ont pas les équipements nécessaires. Nous pensons que les formes traditionnelles du concert évoluent. Les spectacles associent de plus en plus diverses expressions artistiques. N’est-ce pas l’avenir ?