La gravité souriante d’Etienne Daho

Quand j’ai rencontré Françoise Hardy, qui est devenue une amie chère avec le temps, elle m’a dit que je lui faisais penser à un petit frère d’Etienne Daho. Lorsque je l’appelle, il lui arrive de dire : « Ah, c’est toi ! J’ai cru que c’était Etienne… » Cela me fait rire à chaque fois parce que lorsque j’ai commencé à faire de la radio sur Radio Oxygène à Angers (il y a presque trente ans), le couple qui présentait l’émission de rock (Bertrand et Myriam) m’ont dit un jour : « C’est drôle, tu as la même voix qu’Etienne Daho ». Je trouvais cela flatteur, même si l’on est toujours un peu surpris par les ressemblances que les autres dénotent en vous.

Cela fait longtemps que j’espère la venue d’Etienne Daho, pas pour des raisons narcissiques, mais parce qu’il dégage une grande sensibilité et que j’aime son univers. Je l’ai rencontré au moment de la sortie du livre de Françoise Hardy et je l’ai revu parce que Françoise nous avait invités tous deux à dîner. Malgré mes invitations répétées, il se dérobait toujours, prétendant qu’il n’y connaissait rien. J’avais beau lui dire qu’il ne fallait pas s’y connaître, mais tout simplement aimer, il me repoussait gentiment. Mon insistance a fini par payer. Il m’a promis de venir, puis s’est décommandé en s’excusant mille fois : une promo trop lourde, trop peu de temps pour préparer. Je lui ai envoyé un mail pour le rassurer et il a décidé de me faire confiance.

En fait, Etienne Daho est un perfectionniste. Il ne voulait pas arriver les mains vides. Il avait besoin de fouiller dans sa discothèque, dans sa mémoire et tout cela prend du temps. C’est quelqu’un d’authentique, qui craignait de n’être pas vrai et de raconter des banalités. Non seulement son programme était magnifique, mais il lui ressemblait : en surface (couleur, mélodie) et en profondeur (harmonie). Dans la dernière demi-heure, il donne une clé essentielle de lui-même : « J’ai connu la mort, son odeur et je sais donc le prix de la vie ». De là découle son énergie, son équilibre, sa gravité souriante. Ce fut, à mes yeux, une émission merveilleuse, que j’espère les auditeurs ont partagé avec la même complicité. Merci Etienne.

Voici son programme :

EVOCATION DE L’ENFANCE, Cap Falcon ( Algérie)

1-THE PLATTERS   » My payer » chanson de 1956  ( année de ma naissance ) 2’48

2-ELVIS PRESLEY  » Teddy bear » ( mère) 1’47

3-CHET BAKER  » I fall in love too easily » ( père) 3’20

CHOIX CLASSIQUES:

1-ERIK SATIE  » Gnossienne no1″ par Jean Joel Barbier 2’53

2-MUSIQUE SACREE DE LA COUR DE CHRISTIAN 4 « In Laudem Regii Fontis » par Ars nova. 4’41

3-CHOPIN  » Valse no 8″ par Claudio Arrau 4’03

4-BACH  » Fugue en ré mineur » par The Swingle Singers 2’22

5-SHUBERT  » Two sherzi D 593: Allegro moderato »  par Derek Han 4’49

6-FAURE « Ballade opus 19 » par Jean- Claude Pennetier 14’30

7-THOMAS TALLIS  » Spem in Alium » par Paul Van Nevel & Huelgas Ensemble 9’52

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8-RAVEL  » Soupir » par laurence Equilbey 3’44

Extrait de 3 poemes de Mallarmé ( 1913), qui est une pièce chantée.