Cinq anecdotes sur Maurice Ravel (1875-1937)

1. Le Concerto pour la main gauche (1930)

Le pianiste qui choisit de se confronter à ce Concerto pour piano, le second composé par Ravel, doit posséder un certain sens de l’équilibre et une technique infaillible, sa main gauche ayant à couvrir toute l’étendue du clavier !
L’œuvre se révèle si périlleuse à exécuter que Paul Wittgenstein, son commanditaire qui perdit le bras droit lors de la Première Guerre Mondiale, modifia la partition en y apportant des retouches de son cru : « Je suis un vieux pianiste et cela ne sonne pas ! Je refuse d’être votre esclave », dit-il à Ravel. La riposte cinglante de l’auteur du Boléro ne se fit pas attendre : « Les interprètes sont des esclaves. Je suis un vieil orchestrateur et cela sonne ! ».
2. Création du Boléro (1928)

Avant de connaître rapidement un succès planétaire – on dit qu’une exécution de l’œuvre commence toutes les dix minutes dans le monde -, le Boléro suscita la stupéfaction à sa création. On rapporte qu’à une de ses premières représentations une vieille dame cria « au fou ! » et que Ravel, opinant du chef, dit à son frère : « En voilà une qui, au moins, a compris ».
3. Le Boléro selon Toscanini

A l’instar de son Concerto pour la main gauche, Ravel eut maille à partir avec un interprète en la personne du grand chef Arturo Toscanini. A l’occasion d’un concert en 1930, ce dernier dirigea l’œuvre en accélérant progressivement le tempo, alors que la partition précise qu’il doit rester immuable. A Ravel qui refusa de lui serrer la main, Toscanini déclara : “Vous ne comprenez rien à votre musique. Elle sera sans effet si je ne la joue pas à ma manière ”, ce à quoi le compositeur aurait répondu “Alors ne la jouez pas ”.
4. L’œuvre de Ravel et les droits d’auteur

Seul héritier de Maurice Ravel au décès de ce dernier en 1937, son frère Edouard et son épouse sont victimes d’un accident de voiture en 1954. Afin de se faire prodiguer les soins nécessaires, ils font appel aux services de Jeanne Taverne qui s’installe avec son mari (coiffeur de son état) chez les Ravel, villa Mayatsa. Le frère de Ravel décide alors de céder 80 % des droits d’auteurs à la Ville de Paris, mais il se ravise et fait de Jeanne Taverne sa légataire universelle. En 1960, Édouard Ravel meurt. Les petits-neveux de Maurice dressent un procès aux époux Taverne pour captation d’héritage, mais ils sont déboutés. En 1964, Jeanne Taverne disparaît et son mari Alexandre hérite de la fortune du Boléro. L’histoire, rocambolesque, se poursuit avec l’intervention des éditions Durand (propriétaire des contrats d’édition de Ravel) et de la SCAEM, jusqu’à ce que l’œuvre du compositeur du Boléro tombe (enfin) dans le domaine public, en 2016.
5. La rencontre avec George Gershwin

Lors de leur première rencontre en 1928, George Gershwin demanda à Ravel s’il pourrait lui enseigner la composition. Considérant qu’il n’avait rien à lui apprendre, Ravel répondit : « Pourquoi seriez-vous un Ravel de seconde classe alors que vous pouvez devenir un Gershwin de première classe ? » Tous deux mourront (prématurément) la même année, en 1937.