Christian Morin présente son livre : Notes légères

Il vous accompagne en musique chaque matin sur Radio Classique, et vous raconte souvent de petites anecdotes sur les compositeurs et leurs chefs-d’œuvre… Christian Morin, qui est aussi un dessinateur de talent, vient de publier un petit livre illustré, « Notes Légères », dans lequel il a justement rassemblé pour vous ses plus beaux dessins et ses meilleures anecdotes sur la musique classique. Un livre drôle et passionnant, qui vient de paraître aux éditions First.

Marin de Floris : Vous avez un parcours singulier et artistiquement éclectique puisque vous êtes à la fois clarinettiste et diplômé des Beaux-Arts de Bordeaux. En tant qu’animateur, vous avez fait l’expérience du petit écran, on se souvient notamment de vous dans le jeu télévisé La Roue de la Fortune sur TF1, et depuis 2010 vous animez tous les matins sur Radio Classique l’émission Tous Classiques. Vous publiez un livre à la confluence de toutes ces passions, qui mêle astucieusement dessins humoristiques, anecdotes insolites et mise en avant de la musique classique. Tout d’abord, quel est votre rapport au dessin ?

Christian Morin :
Après le collège et le lycée, je me suis dirigé vers les Beaux-Arts, à Bordeaux, où je suis resté sept ans. Ma mère était préoccupée car je ne faisais pas droit ou médecine comme les fils d’une telle ou d’une telle des familles bordelaises bourgeoises. Mais par la suite elle a reconnu que j’étais à ma place. C’est mon père, lui-même autodidacte en dessin et qui avait décelé un talent chez moi, qui m’a poussé à faire les Beaux-Arts. Il était imprimeur et ma mère travaillait dans l’imprimerie également. Je pense à eux avec ce livre, je reviens un peu à l’imprimerie.
Quand je suis rentré aux Beaux-Arts, ça m’a passionné.
J’ai choisi le diplôme d’arts graphiques et je suis devenu dessinateur humoriste. J’ai commencé à travailler au journal Sud-Ouest à Bordeaux. Puis, quand je suis arrivé à Paris, j’ai travaillé pour le journal Lui, pour le journal de Claude François Podium, j’ai fait plusieurs illustrations. Parallèlement, il y avait la musique, le jazz, ce qui m’a aussi amené à illustrer des pochettes de disques. C’est après que la radio et la télévision se sont greffées à ma vie mais je n’ai jamais délaissé ni la clarinette ni le dessin. Et depuis cinq ans, en partenariat avec Radio Classique, le magazine Notre temps cherchait une rubrique à me confier pour raconter un peu la musique classique. L’idée m’est donc venue de raconter des anecdotes réelles se référant à la musique classique et de les illustrer par un petit dessin humoristique.

« Je n’ai jamais délaissé ni la clarinette ni le dessin. »

Marin de Floris : Comment votre rencontre avec la musique classique s’est-elle faite ?

Christian Morin :
J’ai commencé à apprendre la clarinette par le classique. J’étais mauvais lecteur mais j’avais beaucoup d’oreille, donc j’étais doué en dictée musicale. Ayant une facilité d’écoute et de reproduction sur l’instrument, j’ai joué avec les disques. A l’âge de dix-sept, dix-huit ans, j’ai monté un quartet à Bordeaux et organisé des festivals. J’ai eu la chance de jouer avec des musiciens américains de prestige comme les anciens musiciens de Count Basy ou encore des musiciens qui avaient travaillé avec Louis Amstrong. C’était merveilleux le bonheur qu’on a eu de vivre ça ! La musique classique me séduisait moins durant cette période, même si on l’entendait plus qu’aujourd’hui à la radio, sur des radios généralistes. Mais il y a à peu près dix-sept, dix-huit ans, je me suis mis à écouter Radio Classique car j’associais le jazz « classique » à la musique classique. Puis j’ai été convié à la rejoindre par son ancien directeur Sébastien Lancrenon, et je me suis retrouvé sur cette antenne sans être du tout un spécialiste de la musique classique, comme peuvent l’être Francis Drésel ou Eve Ruggieri. Moi ce que j’aime c’est la curiosité. Je veux être très proche de l’auditeur mais à condition d’être comme lui. J’ai donc commencé à ouvrir des bouquins pour me perfectionner. J’en sais gré à Francis Drésel (directeur de la programmation musicale de Radio Classique, ndlr) de m’avoir initié à bon nombre de compositeurs, de Ravel à Debussy, de Satie à la comédie musicale. Faire de la radio me rend déjà de bonne humeur mais cette notion de partage avec les auditeurs a changé mon regard sur la musique classique, qui ne m’est plus apparue comme ennuyeuse ou inaccessible. Sincèrement, je me régale. L’émission marche plutôt bien et j’attaque ma onzième saison ! Par chance, il se trouve que la parution de Notes légères allait coïncider avec les vingt ans de Radio Classique. C’est mon cadeau d’anniversaire que de partager ce travail avec les auditeurs en quelque sorte.

Marin de Floris : Qu’est-ce qui vous a inspiré cette idée d’un album illustré sur la musique classique ?

Christian Morin : En préparant les programmes musicaux que me concoctait Francis Drésel, je m’apercevais qu’il y avait beaucoup de petites anecdotes de compositeurs, pas toujours très heureuses d’ailleurs : les difficultés de vivre, le manque d’argent pour ceux qui ne vivaient pas de leur musique… Mais il y avait aussi des moments très heureux. Ça m’amusait et j’ai commencé à partager ces petites histoires chaque matin avec les auditeurs, persuadé qu’ils aimeraient aussi ces « coulisses » de la musique classique. Rien n’empêche de rire et de sourire à l’antenne alors que derrière la musique est très sérieuse et de qualité. Pendant que je présentais les émissions, je crayonnais un peu, et naturellement quand je racontais une anecdote à l’antenne, je la dessinais. J’ai alors décidé de partager ces dessins avec les auditeurs en les publiant sur le site et sur les réseaux sociaux de Radio Classique. Puis la directrice du magazine Notre temps m’a suggéré d’en faire une chronique, qui a abouti sur un partenariat entre Notre Temps et Radio Classique.
J’ai commencé il y a cinq ans, puis l’idée est venue avec Frédéric Lalanne (directeur de la diversification de Radio Classique, ndlr) et les éditions First, qui éditent notamment en France la célèbre collection « Pour les Nuls », de travailler sur un livre qui rassemblerait tous ces dessins et toutes ces anecdotes, enrichies de petites phrases de tel ou tel compositeur. Mon collaborateur dans ce livre est Jean-François Pitet qui m’a aidé à la mise en page et à l’orchestration des dessins par rapport aux textes. Jean-François Pitet a aussi travaillé pendant quinze ans avec Cabu, lui-même un très bon ami avec qui nous avons échangé pas mal de dessins d’ailleurs. Jean-François Pitet m’a rejoint sur cette aventure en « participation amicale » comme cela est présenté dans le livre. Je remercie également Renaud Capuçon, que j’ai rencontré grâce à Radio Classique et qui, je crois, a été agréablement surpris par le format du livre. En effet, toutes les anecdotes sont des histoires vraies mais qui sont racontées de manière humoristique et légère sans pour autant les dénaturer. Il a donc accepté de préfacer mon livre ce qui est un réel plaisir. Et je suis très heureux aujourd’hui que ce livre existe.

Marin de Floris : Vous avez déjà illustré les albums CD de la série « J’aime pas le classique, mais ça j’aime bien ! » édités chez Sony Classical, qui contournent malicieusement la réticence parfois infondée à l’égard d’un répertoire méconnu voire ostracisé.De la même manière, ce livre « Notes légères » ne témoigne-t-il pas d’une volonté de réconcilier une forme de légèreté et d’humour avec une culture parfois perçue comme austère ou élitiste ?

Christian Morin :
Tout à fait, mais c’est un vœu pieux si je suis tout seul. J’espère qu’on sera plus nombreux. Luc Ferry l’expliquerait probablement mieux que moi mais c’est une forme de thérapie, de philosophie de la vie. J’avais beaucoup aimé le titre de la collection de Sony car c’est une réflexion de tous les jours. Les gens pensent ne pas aimer le jazz puis ils écoutent « Nuage » de Django Reinhardt et ils disent qu’ils apprécient. C’est pareil en musique classique.

Marin de Floris : Quand le réel se confronte à l’a priori ?

Christian Morin : Bien sûr, c’est pour ça que je convie les gens à écouter Tous Classiques : « Venez me retrouver pendant 2h30 le matin que vous soyez en voiture, chez vous, en train de travailler, en fond musical, il y a peut-être des choses qui vont vous déplaire mais il y en a d’autres que vous aimerez ». Il faut surtout donner l’impression aux gens qu’ils peuvent choisir eux-mêmes. La musique, c’est vital, mais ce n’est pas une obligation. C’est comme le rire. Quand mon père a été fait prisonnier en Pologne, c’est son humour qui l’a sauvé. Il parlait du « Club Med » pour évoquer les camps de réfractaires au travail. Il en a même fait un album dessiné.
J’ai tenu au titre « Notes légères » parce que d’abord c’était le titre de la chronique de Notre Temps et parce que ça me convient bien car je ne conçois pas la vie sans un peu, voire beaucoup, de légèreté. On devrait rire une bonne heure par jour pour le bon fonctionnement physiologique de l’individu.
On s’aperçoit aussi qu’au travers de la musique classique dite sérieuse, il y a des moments désopilants et chez certains musiciens, non des moindres, il y a aussi une note d’humour qui existe. Ces anecdotes permettent de voir que ces gens sont des gens comme vous et moi, qui ont leurs problèmes. Ces hommes et ces femmes –les femmes étant enfin de plus en plus représentées, et bien représentées, avec des cheffes d’orchestre et interprètes brillantes – ont leurs emmerdes, leurs joies, leurs difficultés. Ce sont des gens qui rient, qui aiment la table, comme Rossini par exemple. C’est réjouissant de voir la vie comme cela, avec la légèreté. En ce moment c’est précieux de le rappeler. Ce n’est pas un livre qui a la prétention d’éduquer. S’il a une ambition, c’est celle de susciter la curiosité des lecteurs. Le format est agréable, tout le monde peut le lire, ça va de « sept à soixante-dix-sept ans » pour reprendre le slogan de Tintin. Même au niveau du poids, le livre est léger ! Vous pouvez l’emporter partout. Les éditions First ont vraiment fait un beau travail.

« Je ne conçois pas la vie sans un peu voire beaucoup de légèreté. »

Marin de Floris : Une petite curiosité comme ça en guise de hors-d’œuvre ?

Christian Morin :
Saviez-vous que Camille Saint-Saëns a été le premier à composer une musique pour un film ? C’était pour L’Assassinat du Duc de Guise, un film muet d’André Calmettes et Charles Le Bargy réalisé en 1908 ! Ce n’est pas pour rien que l’Aquarium du Carnaval des Animaux est repris pour l’ouverture et la clôture du Festival de Cannes !

Marin de Floris : Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Christian Morin :
J’envisage une exposition à la suite du livre pour permettre à mes dessins de prendre un peu l’air (rires).
Je suis arrivé à Paris avec une boîte de clarinette et un diplôme des Beaux-Arts pour me destiner à la publicité. Puis j’ai croisé la radio et je m’aperçois qu’au bout de cinquante ans je fais toujours les mêmes choses (rires). La clarinette, le dessin humoristique, la radio, l’animation télé, il y a eu un peu de théâtre. C’est un parcours de saltimbanque, ce n’est pas sérieux (rires). Tout ça s’est enchaîné, c’est le bonheur. Le parcours est certes atypique mais c’est merveilleux. Je n’ai jamais fait de danse classique en revanche, c’est une corde qui manque à mon arc. (rires)

Marin de Floris : Alors une exposition et un cours de danse classique, c’est noté ! Merci Christian Morin !

Christian Morin : Merci à vous !

 

 

Notes légères par Christian Morin aux éditions First

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