YAB, yabon !

J’ai eu envie d’écrire : « Yann Arthus Bertrand est un artiste militant, mais ce n’est pas grave car la photographie est un art mineur ». Allez, c’est une blague !

Il s’est défini lui-même : « Je ne sais pas si je suis un artiste, mais je crois être un bon photographe ». Cette simplicité a quelque chose de sain. Brahms disait : « Je suis un artisan ». Sempé, à notre micro a dit : « Je suis un tâcheron ». Pour clôturer la journée du développement durable sur Radio Classique, Yann Arthus Bertrand a trouvé des mots vrais. On sait ce qu’il convient de faire : consommer moins. C’est-à-dire consommer mieux. Rappelons que la musique classique est par définition « durable » et qu’un piano, voire un orchestre, voire nos chanteurs d’opéra consomment très peu d’énergie et dégagent fort peu de CO2. Excepté ceux qui ont abusé de certains féculents.

Quelle personnalité intéressante cet Arthus-Bertrand ! Intelligent, pas langue de bois, franc, direct. Et tout le monde a en mémoire ses fantastiques clichés vus du ciel, qui font rêver. Mais YAB ne veut pas que faire rêver. Il veut faire réfléchir, dénoncer, informer, réveiller les hommes, bref, sauver le monde en croyant qu’il en est encore temps. Sa passion l’entraîne parfois à des débordements étranges. Ce n’est pas en sommant la profession du cinéma de faire des films écolos (lors de la Cérémonie des Césars) que cela peut marcher. Les artistes sont par définition libres, ils ont le devoir de faire des films de qualité, point. Le 7e art n’est pas une activité de propagande. On ne peut pas imposer aux autres ce qu’on a choisi de faire soi. Imagine-t-on Mickael Moore recevant la palme d’or à Cannes et profitant de l’occasion pour forcer ses confrères internationaux à faire des films contre George Bush ? Mais peu importe, le personnage de Yann Arthus Bertrand vaut mieux que ça. Et dans son agence Altitude, on a vraiment l’esprit libre. J’en veux pour preuve la réflexion que m’a glissée son assistante lorsque je suis arrivé dans la propriété du Bois de Boulogne (avec mon magnéto à piles rechargeables) : « Installez-vous dans son bureau en l’attendant. Il a mis de la musique, sans doute pour vous : il n’en met jamais d’habitude ! » Cette irrévérence moqueuse envers son employeur est souvent le signe d’une excellente ambiance de travail. Tout dépend du ton. Evidemment. Comme en musique !

Voici son programme :

Sandrine Piau : Vivaldi : Nisi Dominus

Madeleines

J’ai perdu mon Euridyce (Callas)

Ray Charles : What I say

Gould : Suite anglaise n° 2 de Bach, début

Requiem de Mozart (Bernstein)

Mozart : Don Giovanni « Mi tradi quell’Alma… » (Fleming)

Traviata : Addio del passato (Callas)

Schubert : Impromptu n° 3 op. 142 (Brendel)

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