Wilhelm Kempff joue Schubert

« Les autres ont les applaudit, Kempff on l’aime »

Décanté et toujours poétique : tel apparaît l’art du grand Wilhelm Kempff (1895-1991) qui, après avoir partagé son activité entre la composition (on lui doit de nombreuses œuvres pour piano, voix et orchestre), l’orgue et le piano, consacra finalement sa vie à ce dernier. Le succès arrive à l’issue de la guerre, soutenue par une quantité de disques réalisés d’abord chez Decca puis chez Deutsche Grammophon, label pour lequel il enregistre à deux reprises les Sonates et les Concertos de Beethoven. Sa sonorité d’une clarté divine, son approche humaine des grands chefs-d’œuvre du répertoire (principalement germanique) ont fait de Kempff un interprète privilégié de Schubert dont il fut un des premiers pianistes à faire grand cas, ouvrant ainsi la voix à Alfred Brendel, comme lui aussi incontournable dans Beethoven que dans Schubert.
A la différence de Beethoven chez qui le génie, notamment dans les derniers opus, fait éclater les schémas classiques, Schubert part d’une construction plus fidèle aux modèles traditionnels, bien que son écriture pour l’instrument ouvre à sa manière de nouveaux champs. Autant de qualités que le coffret inédit publié par la firme hambourgeoise nous permet d’apprécier puisqu’on y retrouve non seulement l’intégrale pionnière des Sonates (enregistrée entre 1965 et 1969), souvent rééditée, mais aussi les Moments musicaux, les deux cahiers d’Impromptus, les Trois Klavierstücke, la Wanderer-Fantaisie et quelques pièces éparses ; bref, le legs schubertien de Wilhelm Kempff dont un critique inspiré a pu dire : « Les autres ont les applaudit, Kempff on l’aime ».

Wilhelm Kempff : Complete Schubert Recordings (Coffret de 9 CD Deutsche Grammophon)