« Who is the boss ? »

Quand les egos s’affrontent

Lors d’un concert (resté depuis dans les annales) donné en avril 1962 au Carnegie Hall de New York où figurait le Premier Concerto pour piano de Brahms, Leonard Bernstein prit le micro. Avec un charme et un humour ravageurs, il avoua ne pas partager l’ensemble des options interprétatives du soliste ; mais, par égard pour le talent de Glenn Gould, il était disposé à renoncer à ses prérogatives de chef d’orchestre en adoptant les tempos du Canadien, avant de de se concilier les rires du public : « Who is the boss (« Qui est le patron ? ») ? Le soliste ou le chef ?

En règle générale, l’on peut dire que c’est l’artiste dont la renommée est la plus grande. En cas de différend, l’un des deux se voit contraint de capituler : les tensions accumulées lors des répétitions du Faust de Gounod à l’Opéra Bastille en 2011 entre le ténor Roberto Alagna et le chef Alain Lombard – réputés tous deux pour leur caractère bien trempé – se sont soldées par le départ de ce dernier. La même année, Claudio Abbado et Hélène Grimaud ont annulé le concert qu’ils devaient faire ensemble au festival de Lucerne : en cause, la cadence du Concerto pour piano n° 23 de Mozart (signée Busoni) adoptée par la pianiste… qui n’était pas du goût du chef. 

Cette question posée par Bernstein (« Who is the boss ? ») se décline dans le domaine musical sur plusieurs niveaux : entre chanteurs et chefs, chefs et metteurs en scène, metteurs en scène et choristes… Le dernier règlement de compte dont l’actualité s’est fait l’écho ? Celui qui oppose Serge Dorny à Christian Thielemann à l’Opéra de Dresde. Fraîchement nommé à la tête de la maison saxonne, Serge Dorny contestait son licenciement éclair en février 2014, consécutif à des tensions avec Christian Thielemann, directeur musical de la Staatskapelle de Dresde, l’orchestre officiant en fosse. Le chef allemand avait alors triomphé du nouvel arrivant. Mais on apprend que le Tribunal régional supérieur de Dresde vient de donner raison à Serge Dorny face à l’Etat de Saxe qui, de son côté, regrette cette décision de justice : en effet, l’actuel directeur de l’Opéra de Lyon pourrait percevoir 1,5 millions d’euros de dommages et intérêts.