1961. Georg Solti est dans son Ring Decca (Rheingold déjà) et vient de prendre fonction à Covent Garden où l’orchestre sait son Ring, joué avec Karl Rankl, Kleiber, Rudolf Kempe. Il n’a plus qu’à apprendre son Solti, et explose !
Hans Hotter met en scène et chante Wotan, sublime toujours, géant, un peu enroué. La toute neuve Anita Välkki (elle ira à Bayreuth) est une Brünnhilde de métal, avec une humanité blessée que n’a pas Birgit Nilsson, acier trempé. Rita Gorr, ahurissante d’exactitude et de véhémence, est ici Fricka pour tous les temps. Jon Vickers joue à être pâle, inconsistant, avec des sursauts superbes ; Claire Watson l’est naturellement, une Lotte Lehmann délavée, mais présente, juste. Georg Solti infuse à l’orchestre, sans doute supérieur par lui-même à aucun assemblé à Bayreuth, une incandescence, des échauffements, un timing dramatique inouïs, et quelle narration ! Son foudroyant. Très différent des Ring Bayreuth années 1950, et très exceptionnel.
Toujours 1961. Mais Bayreuth, un Neues Bayreuth en renouveau. Wieland Wagner révise son Tannhäuser, il a Maurice Béjart pour la Bacchanale et une Vénus noire, Grace Bumbry, scandale mué en ovations. Et il a une Elisabeth qui est la lumière, l’effusion catholique salvatrice faites voix : Victoria de los Angeles. Dietrich Fischer-Dieskau renouvelle son Wolfram à briser le coeur (l’émotion, la beauté), Wolfgang Windgassen explose jusqu’au parlé, s’arrachant la peau de la voix dans un récit halluciné. Wolfgang Sawallisch impérial maîtrise et unifie tout cela. Même à l’aune de cette génération-là, on a ici l’exceptionnel. L’entrée au II d’Elisabeth, ses mots à Tannhäuser créent l’inoubliable. Le label Orfeo a rénové le son jusqu’au miracle. Fabuleux.
WAGNER EN GRANDE DISTRIBUTION
Radio Classique
Rarement "Die Walküre" et "Tannhäuser" ont connu depuis 1961 interprétations aussi exceptionnelles.