La réouverture en novembre 1955 de l’Opéra de Vienne reconstruit a été largement célébrée par Orfeo (et feu Andante). Dirigés par Böhm patron désigné (et qui ne durera pas) nous avons le Fidelio inaugural du 5 avec Mödl et Dermota, Frau ohne Schatten, Don Giovanni (toujours en allemand), Wozzeck, par Kubelík Aida, par Reiner, Meistersinger, par Knappertsbusch, Rosenkavalier. Deux concerts ont circulé plus clandestinement, Orfeo nous les offre. Le 20 Böhm conduit un Requiem de Mozart qui fera le vide dans notre discothèque. Tout n’y est pas égal, mais le meilleur y est extraordinaire : la clarté, l’émotion, la ferveur des cordes, le solo vertigineux du Tuba mirum de Frick, le Mors stupebit de Dermota, une phrase de Seefried, des choeurs chantant pour leur vie ! En prélude au Requiem Raoul Aslan, gloire du Burgtheater, lit l’Ode à l’Humanité de Hölderlin, solennelle, sobre, poignante. Ah quand Vienne veut être vraiment Vienne !
Si avec Mozart on est plus d’une fois près du feu, à se brûler, avec une Neuvième typiquement transfigurée par Bruno Walter le 15 on est dans la pure lumière. C’est un des rares témoignages qu’on ait de lui dans Beethoven avec les Wiener Philharmoniker. Parfois à peine si on dirait Beethoven à force de clarté (et même lumière), légèreté de texture (et de main).
Mais cela s’appelle jubilation. Güden en tête de Quatuor, formidable proclamation par Frick (toujours), avec un plus modeste Majkut dans le solo du ténor. Et des choeurs, encore une fois, chantant pour la résurrection écrasant sous le regard d’un chef ému et qui a su prendre sa part de chagrin dans un deuil collectif.
VIENNE RENAÎT DE SES CENDRES
Radio Classique
Le label Orfeo célèbre la réouverture en novembre 1955 de l'Opéra de Vienne reconstruit, et met en lumière deux soirées exceptionnelles.