Jean-Christophe Grangé est un écrivain à succès. Les rivières pourpres a été traduit dans plusieurs pays dont les Etats-Unis. Ancien grand reporter, il publie des thrillers qui sont aussi des récits de voyages passionnants. Son dernier ouvrage, La forêt des mânes, est le troisième volet d’une trilogie du Mal qui emmène le lecteur au coeur de l’Amérique centrale et qui se termine au nord de l’Argentine.
Jean-Christophe Grangé est aussi un mélomane chevronné qui explore l’étendue des oeuvres musicales au delà de ce qu’il est convenu d’appeler le grand répertoire. Son programme comportait des curiosités comme cette pièce de Louis Vierne qui a ému de nombreux auditeurs. Certains ont été moins sensibles à la Sixième Symphonie de Karl Amadeus Hartmann, mais c’est une musique qui demande à être écoutée plusieurs fois avant d’en découvrir peu à peu toutes les richesses. Dans les deux cas, ce sont deux compositeurs qui sont aussi des personnages de roman. Louis Vierne a perdu sa la vue à la suite d’un glaucome dès son plus jeune âge. Sa femme le quittera et il perdra ses deux fils. Son destin terrible n’entamera pas son lyrisme frémissant et sa recherche esthétique. Hartmann est un autre cas. Pendant le nazisme, il n’écrira pas une note, se refusant à cautionner de quelque manière que ce soit un régime qu’il réprouvait. C’était sa manière de résister bien qu’il n’ait jamais quitté sa Bavière natale.
Le programme de Jean-Christophe Grangé a ouvert nos horizons. Il ne recherchait pas forcément l’inédit ou l’inouï. Pour preuve, ce Concerto n° 2 K 39 de Mozart, tapi à l’ombre des grands chefs d’oeuvre de la maturité et dont la poésie est à portée d’oreille de l’amateur curieux. C’est toujours intéressant lorsqu’un invité compose un programme qui lui ressemble. On était comme à la découverte d’indices au cours d’une enquête policière. Sauf qu’en musique, il n’y a pas de coupable à trouver. A l’heure où une certaine presse s’acharne sur l’honneur d’un homme à travers une oeuvre littéraire, comme les ligues de vertus fustigèrent autrefois Baudelaire ou Flaubert pour immoralité, il était rafraîchissant d’utiliser ses oreilles et son intelligence à la recherche du beau en musique qui n’emprunte pas forcément (comme chez Hartmann) les chemins du joli et de la bienséance.
Voici son programme :
Le morceau que j’aime par-dessus tout :
– Premier mouvement du concerto n°2 pour piano de Rachmaninov (version Ashkenazy)
Trois « madeleines » musicales :
– Début de « Supper’s ready », Genesis (« Foxtrot »)
– Premier mouvement du concerto pour violon de Tchaikovski (version Oïstrakh)
– « Ecstasy of gold », Ennio Morricone (« Le bon, la brute et le truand »)
Programme classique:
– « Le soir », Louis Vierne (Deux pièces pour alto et piano Op.5)
– « L’incoronazione di Poppea » Monteverdi (Important : version d’Harnoncourt de 1973-74)
– « Amérique » Edgar Varèse (direction Boulez)
– « Epouse quelque brave fille » (et la suite) « Manon » , Massenet (version Alagna/Gheorghiu/Pappano)
– Symphonie 6, premier mouvement, Karl Amadeus Hartmann (O.S. Bamberg)
– Musique du film « Le poison » de Billy Wilder Miklos Rozsa (Perlman)
– Concerto pour piano Mozart n° 2 K 39 , deuxième mouvement (Geza Anda)
– Duo final à partir de « Tu ne m’aimes donc plus ? » Carmen (version Berganza, Abbado)