Comme le suggère son titre, La Jacquerie évoque une révolte paysanne du xive siècle qui tourne mal à cause d’extrémistes et voit disparaître des gens très bien rêvant de la fin de la lutte des classes. Peu satisfait du livret d’Édouard Blau, Lalo ne put composer avant sa mort qu’un acte sur les quatre. Les autres sont signés d’Arthur Coquard (1846-1910), compositeur bien négligé de la génération suivante qui s’acquitta d’un travail remarquable et en rien inférieur à celui de son aîné. Excellent orchestrateur, il fait fait preuve d’un beau lyrisme et d’un style châtié, plus personnel que bien des opéras de Massenet. La Jacquerie vit le jour à Monte-Carlo en 1895, mais n’entra pas durablement au répertoire. Le présent enregistrement, réalisé au cours du Festival de Radio-France Montpellier 2015, avec le soutien du Palazzetto Bru Zane, réunit une distribution homogène et de bon niveau. Véronique Gens incarne avec noblesse et une grande sûreté l’héroïne torturée. Nora Gubisch semble d’abord un peu sur la réserve mais elle se montre de plus en plus à l’aise.
Jean-Sébastien Bou prête son art reconnu de la diction au Comte, bon père et méchant seigneur. Charles Castronovo s’impose désormais comme le spécialiste des rôles de demi-caractère de cette époque. S’il ne possède pas un format vocal important, il projette bien sa voix. Le timbre plutôt lumineux, Boris Pinkhasovich fait montre d’une belle énergie. Un ouvrage aussi symphonique exige un chef très investi. Patrick Davin est l’homme de la situation : il tire le meilleur parti des qualités de l’Orchestre philharmonique et du Chœur de Radio-France et mêle engagement dramatique, lyrisme éperdu, couleur et précision. Une heureuse recréation.
Un Lalo oublié
Radio Classique
Laissé inachevé par son auteur et complété par Arthur Coquard, cet opéra sur fond de révolte paysanne est une très heureuse redécouverte.