UN GRAND D’ALLEMAGNE

Créé juste après la Seconde Guerre mondiale, l'Orchestre symphonique de Bamberg a accueilli de très grands chefs. Ce coffret en témoigne.

Directeur musical de l’orchestre depuis 2000, Jonathan Nott cédera sa place, dès la saison prochaine, à Jakub Hrusa. Le jeune chef tchèque assurera les destinées d’une formation créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale grâce à l’apport de musiciens précisément tchèques, venant du Philharmonique allemand de Prague.
Ce coffret des « 70 premières années » arrive donc à point nommé, dépassant le statut de « carte de visite ». En effet, il situe intelligemment l’histoire de l’orchestre, synthèse évidente entre la préservation des traditions d’Europe centrale et l’exigence artistique allemande. Une exigence dont témoigne le sans-faute discographique sous l’ère de Nott chez Tudor. Le choix des enregistrements qui composent ce coffret offre un saisissant aperçu de la personnalité de l’orchestre. Joseph Keilberth forma l’homogénéité du son : ses Mozart bondissent (quelle Symphonie n° 40 !), tout comme la Symphonie n° 1 de Schumann, captée en 1944, au Rudolfinum à l’époque où l’orchestre s’appelait encore le Deutsches philharmonisches Orchester Prag !
Les successeurs et chefs invités ont laissé des jalons majeurs : Jochum dans Mozart, Leitner accompagnant un Kempff en état de grâce dans le Concerto n° 24. Les Danses de Dvorák par Antal Doráti font jaillir la saveur des timbres des vents. Les extraits de La Fiancée vendue de Smetana par Kempe avec Loren gar, Wunderlich, Frick, entre autres – est-ce le sommet du coffret? – enthousiasment. Plus près de nous, les Métamorphoses de Strauss par Sinopoli méritent le détour, tout comme la compacité de la Symphonie n° 4 de Brahms par Blomstedt. Ce sont deux inédits parmi d’autres : la Symphonie n° 4 de Mahler par Kertesz, une première dans la discographie du Hongrois, et une nouvelle Symphonie n° 9 de Bruckner par Wand, magnifique de carrure à rapprocher de ses témoignages avec la NDR de Hambourg, mais aussi une « Pastorale » de Beethoven par Sanderling, d’une profondeur sidérante. Tout n’est pas de ce niveau, certes.
On peut passer rapidement l’écoute d’une Symphonie n° 4 de Schumann par Eschenbach, ou d’une Symphonie n° 1 de Brahms par Stein et de Lieder eines fahrenden Gesellen de Mahler par Horenstein et un Norman Foster à contre-emploi. Pour autant, ce coffret révèle l’âme d’une des plus belles phalanges d’Allemagne. Précieux et passionnant.