L’auditeur un peu pressé ou, pire, paresseux négligera sans doute les variations pour se concentrer sur les sonates, en particulier la K 310, ce qu’il considère comme la partie sérieuse du programme. Ce serait se priver d’un quart d’heure miraculeux (il débute par les Variations K 264 et s’achève sur la Sonate K 284 dont le Finale aligne douze variations). Il faut donc impérativement commencer l’écoute de ce disque par la plage 1, même si on ignore tout de Nicolas Dezède et son opéra Julie d’où est extrait cet air au titre, il est vrai, peu engageant, " Lison dormait ". L’air est banal, presque mièvre, sobrement organisé sur des cadences élémentaires dans un do majeur sans nuage. Mais Mozart le transforme en un irrésistible cahier de couleurs, d’humeurs et de sentiments que Kristian Bezuidenhout parcourt de son regard pénétrant et de son toucher aérien. Dès les premières pages, il creuse le texte sans le malmener, souligne les contrastes, éclaire et anime les lignes. La Variation 5 en do mineur hérissée de chromatismes et murmurée pianissimo prend des allures de confession douloureuse tandis que la Variation 7, secouée par ses doubles-croches ininterrompues à la main gauche, alterne entre menace et sourire et que la Variation 8 est un moment de pure grâce.
La même évidence, la même justesse de ton (l’intensité des silences, la ductilité du tempo), de caractère, guident la Sonate K 310, de la détermination du premier mouvement au balancement obstiné du Finale en passant par les non-dits du bien nommé " Andante cantabile con espressione ". Comme à l’accoutumée, la prise de son permet d’apprécier ce travail d’orfèvre et la riche la palette de l’instrument, une copie d’un Anton Walter de 1805.
UN DISQUE MOZART TOUT EN DÉLICATESSE
Radio Classique
Kristian Bezuidenhout a soigneusement organisé un programme de pure grâce pour nous livrer un Mozart irrésistible, souriant et dramatique.