TRÈS BELLE « ARABELLA »

Pour tant de somptuosité, de beauté, de soin et de respect de l'oeuvre, merci à Christian Thielemann et à Florentine Klepper qui l'a mise en scène.

De tous les chefs-d’oeuvre mineurs, c’est Arabella qui a souffert le plus d’être sortie de son contexte de moeurs, de vêtements, d’une certaine Vienne, et d’être radicalisée par la mise en scène, ou simplifiée, ou compliquée encore. On ne voudra plus la revoir en tout cas que comme Florentine Klepper l’a mise en scène à Salzbourg de Pâques 2014 : ressemblante, explicite, le moindre détail de la mascarade et du malentendu donné à suivre au spectateur : et l’intrigue, son fil tragique aussi, insupportable, absolument dégagés.
Sans doute dans ce contexte de comédie viennoise et de farce sinistre l’admirable Staatskapelle de Dresde sonne t-elle un peu fort, recouvrant les échanges de la mondanité, dont certains gagnent à être dits sur le ton de la conversation. Mais l’orchestre est si somptueusement beau, et mené par Thielemann d’une main quand même si légère ! Et les chanteurs ont de quoi tenir. On n’imaginait pas chez Fleming et Hampson, à ce stade de leur carrière une telle endurance, de telles réserves (en tessiture et en timbre), une telle malléabilité vocale. Leur modelé de la phrase, leur sens des mots, on les connaît. Mais, sinon vraie fraîcheur, dans la voix quelle docilité encore aux intentions musicales et dramatiques les plus châtiées ! Pour l’un comme l’autre, un couronnement.
On mettra de pair avec eux le Matteo tendu, sérieux de Daniel Behle, protagoniste à part entière, rejoint par la Zdenka de Hanna Elisabeth Müller, innocente, engagée, radieuse. Quel beau second couple ! Exemplaires silhouettes des parents Waldner, parfaits prétendants, Fiakermilli plus peuple que diva, comme il convient, petit bijou de tireuse de cartes avec la Henschel. Mais aussi, admirable dispositif, lui aussi explicite et élégant, où l’action et l’intrigue avancent à découvert, et les personnages ont l’air situés, pas égarés !