Telemann par Gester

Martin Gester nous propose un florilège d’ouvertures et concertos parmi les plus pittoresques du célèbre directeur de la Musique de Hambourg.

Il en va des suites et ouvertures de Telemann comme des symphonies de Haydn : celles qui portent un titre ont un passeport garanti pour la postérité. Après Fabio Biondi et son Europa Galante (Agogique) il y a un an, Martin Gester et l’Ensemble Arte Dei Suanatori nous offrent aujourd’hui un programme passionnant d’Ouvertures et Concertos de Telemann. L’effectif des cordes, réduit à seulement six violons, un alto, un violoncelle et une contrebasse nécessitait-il un chef ? N’importe, seul compte le résultat ; et il fait mouche : magnifiée par une prise de son superlative, l’interprétation pleine d’élan mais sans être univoque illustre à merveille ces suites de caractères. Point de Telemann prussien ici ; plutôt mendelssohnien avant ­l’heure, dans ces mouvements de croches que hantent les elfes shakespeariens issus de quel­ques scherzos (écoutez le milieu de la plage 10).
Ailleurs, c’est la cohésion irréprochable des vents (les trois hautbois de l’Ouverture en ré majeur) qui participe de cette même fraîcheur de l’approche. Pensées par périodes, les phrases mélodiques se libèrent de la carrure rythmique et de la barre de mesure. Lorsque la palette de couleurs se réduit aux seules cordes avec basse continue (Ouverture des Nations), cette légèreté primesautière de la pâte orchestrale agit comme autant de ballonnets d’oxygène qui empêchent le discours musical de retomber. Des inflexions issues du folklore polonais des deux concertos – et leur " barbare beauté " (Telemann) – à l’humour incisif de la Suite Tragi-comique, on succombe totalement à ce bonheur de jouer que seule l’Akademie für alte Musik Berlin (HM) a pu égaler dans ce répertoire.
Georg Philipp Telemann
(1681-1767)
CHOC
" Ouvertures pittoresques " : Ouverture, jointe d’une suite tragi-comique. Ouvertures TWV55:D15 et TWV55:B5 " des nations ". Concertos Polonois TWV43:B3 et TWV43:G7
Arte dei Suonatori, dir. Martin Gester
Bis BIS1979 (Codæx). 2012. 77′ Nouveauté