Vous le savez, nous avons nos sales gosses de temps en temps dans Passion Classique. Souvenez-vous de Claude Hagège. Et d’autres que j’oublie. Des personnes au ton déplaisant, certaines de détenir la vérité, imbues de leur savoir. Pierre Combescot, pour qui j’ai de l’affection, appartient à cette catégorie. L’avantage, c’est qu’il est courageux, qu’il appelle un chat un chat et qu’on sait à quoi s’en tenir. L’inconvénient, c’est, pour l’auditeur, un agacement qui monte, qui monte comme la petite bête sur le dos des enfants. Combescot déborde de talent en tant qu’écrivain et critique (il signe Luc Décygnes dans Le canard enchaîné), mais la radio révèle le caractère tout autant que le talent. Et celui de notre ami est un peu soupe au lait.
Dès le début de l’émission, les messages Internert ont fusé : « faites-le taire ! » ou « Courage Olivier, on est avec vous ». Mais certains disaient aussi : « Bravo Combescot ! » et me reprochaient de l’empêcher d’achever Nicolas Joël après qu’il l’eût descendu en flammes.
Ce qui m’a fait rire moi, c’est sa tête quand j’ai désannoncé le quintette des « Maîtres Chanteurs » de Richard Wagner sans Elisabeth Grümmer… Il ne s’était pas aperçu qu’il s’agissait d’une autre version que celle qu’il avait demandé, lui le grand spécialiste. Il faut dire qu’à la radio, on est obsédé par ce qu’on doit dire et il est difficile de se concentrer sur ce qu’on entend. Mais là, toute l’émission tournait autour de son idole dont il nous rebattait les oreilles. J’ai vu son oeil de Charlus noicir et ses lèvres devenir coupantes. Alors pour noyer le poisson et calmer son ire qui montait comme le lait sur le feu, j’ai raconté cette histoire entre Brahms et Wagner. Brahms n’aimait pas Wagner, mais il adorait Les maîtres chanteurs. Quand Wagner l’a su, il lui a offert la partition des Maïtres Chanteurs. Pensant que Brahms, qui jouissait d’un prestige immense, pourrait l’aider. Plus tard, Wagner a dû regretter son geste (lui qui n’était pas un généreux-né) et lui a écrit pour la récupérer… « Pas très élégant » a commenté sèchement notre Combescot, qu’on sentait partagé entre l’envie de prendre la perche que je lui tendais et le désir de me rosser le dos avec pour venger l’affront dont il devait sans doute s’estimer la victime.
Voici son programme donc :
– Le Lac des Cygnes (quadrille)
Madeleines
– Madame Arthur par Yvette Guilbert
– Suzy Solidor : Le ciel est bleu, la mer est verte
– Lotte Lenya : Opéra de Quat’sous
Programme classique:
– Haendel : Water Music (Gardiner)
– Mozart : Noces « Porgi amor » par Elisabeth Grümmer
– Don Giovanni : 2e air d’Anna « Non mi dir » par Elisabeth Grümmer
– Freischütz de Weber, air d’Agathe Leise… E. Grümmer
– Sonate op. 109 de Beethoven, début par Barenboïm (pas eu le temps !!!)
– Quintette des Maîtres chanteurs (dernier acte) toujours Grümmer (eh non, aïe, version Jochum !!)
– Callas : Dinorah de Meyerbeer (pas eu le temps !!!)