Sublime concert de Claudio Abbado en Chine

C’est la première fois qu’un orchestre est invité en résidence à l’Opéra de Pékin : oui, vous savez, l’oeuf extraordinaire imaginé par l’architecte français Paul Andreu. Lieu magique, entouré d’eau, que les Chinois ont adopté comme leur symbole (un peu comme nous la Tour Eiffel). Quand on descend les marches à l’intérieur, on aperçoit l’eau qui coule sur le toit transparent. Ensuite, on monte pour se diriger vers la salle et une partie du mur (en verre !) embrasse le ciel, la ville… L’acoustique de la salle moyenne est bien sans plus (il y en a trois dans cet immense espace). Claire, détaillée, un peu sèche quand même… L’orchestre, il s’agit de l’Orchestre du Festival de Lucerne. Toscanini avait créé ce festival en 1938 pour faire un Salzbourg non nazi (c’était après l’Anschluss). Abbado a créé l’orchestre en 2003 après son départ de l’Orchestre philharmonique de Berlin, à cause d’un cancer dont il s’est remis par miracle « grâce à la musique » dit-il. Depuis qu’il est revenu à la vie, il ne veut plus que des expériences musicales essentielles, avec des jeunes ou avec cet Orchestre de Lucerne, qui est un orchestre « de vacances » et dont il a choisi chaque musicien parmi ses préférés. C’est un orchestre de solistes des plus grands orchestres et de jeunes qui le suivent depuis longtemps… On y trouve par exemple à l’alto solo Wolfram Christ, l’alto solo de Berlin sous Karajan et Abbado. L’un des violonistes (75 ans) a joué sous Furtwängler… L’un des contrebassistes est un Vénézuélien qui vient de l’Orchestre de Jeunes Simon Bolivar. Bref, une merveille, un rêve de musicien. J’ai entendu une 1ère Symphonie de Mahler à pleurer. Les Chinois ont accueilli Abbado comme si c’était Zidane ! Avec un enthousiasme inouï. Mais pendant la symphonie, c’était un silence de mort… ou plutôt de vie car chacun avait le coeur qui battait au diapason avec la musique. C’était extraordinaire. La perfection et en même temps un souffle qui vous traversait de haut en bas ! A la fin, tout le monde s’est levé pour applaudir. Les musiciens s’embrassaient entre eux tellement ils étaient heureux !!!

J’ai eu la grande chance et le grand honneur de dîner avec le maestro, sa famille et son docteur après le concert. C’était très émouvant et très gai à la fois. Claudio Abbado ne donne presque jamais d’interview, mais je croise les doigts, sans rien dire pour ne pas importuner le destin… Un jour, peut-être, qui sait. La confiance se construit lentement avec les très grands. Et franchement, pardon pour tous les autres, mais je crois que Claudio Abbado est unique au monde dans sa manière de faire la musique. Ses musiciens font tout pour le rendre heureux, ça se sent, la musique devient plus que belle : profondément humaine, essentielle et chacun le ressent. C’est une expérience bouleversante. Cela va être très difficile d’aller au concert pour entendre d’autres orchestres ensuite. C’est de l’amour pur. Et quand on aime, on devient forcément exclusif !

Je rentre mardi soir. On se retrouve en direct mercredi avec l’écrivain Jean-Claude Carrière. D’ici là, vous avez rendez-vous lundi avec le pianiste David Fray et mardi avec Julia Migenes. Deux émissions enregistrées qui j’espère vous plairont.

Je n’ai pas dit un mot d’Evelyne Dress, l’émission de vendredi, mais je suis trop sous le choc de ce concert. Voici néanmoins, il faut quand même faire son travail consciencieusement, son programme. Amitiés à tous.

Evelyne Dress

– Concerto pour clarinette de Mozart (2e mvt)

Madeleines

– Musique tsigane « Deux guitares » par Yoska Nemeth

– My yiddish Mame (Dora Doll)

– Lawrence d’Arabie

Programme

– In questa Reggia (Turandot de Puccini) par Callas

– Pavane de Fauré

– Ave Maria de Schubert par Barbra Streisand

– Gymnopédie n° 3 de Satie par Ciccolini

– Gershwin : Rhapsody in Blue

– Beethoven : Symphonie n° 5 – 1er mvt

– Musique klezme