Stravinsky, Debussy et Ravel par Philippe Jordan

Philippe Jordan fête le centenaire de la « première » du « Sacre du printemps », créé le 29 mai 1913 au théâtre des Champs-Élysées par Pierre Monteux.

Bravo maestro ! Après une admirable Symphonie alpestre de Richard Strauss (voir notre n° 121), Philippe Jordan poursuit son parcours discographique à la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris avec ce programme " français " placé sous le signe de la danse, comme en atteste le faune de Nicolas Le Riche rugissant en couverture. Plus que la danse, c’est la peinture qui semble guider le chef : le Prélude à l’après-midi d’un faune, que l’on a connu si tarabiscoté et tortillant des fesses sous d’autres baguettes, est ici idéal de respiration, de phrasé, de simplicité bucolique. On dirait un Vuillard. Mêmes qualités de probité et d’évidence dans le Boléro, toujours clair et altier, libre et en même temps tenu.
Et il y a plus : Le Sacre du printemps, pièce maîtresse du disque où, en cette année de centenaire, on n’attendait pas un orchestre français à ce niveau. Le voici ! Au sein de pupitres toujours à l’écoute, la joie de jouer, de chanter aussi, donne au chef-d’œuvre de Stravinsky une nouvelle fraîcheur. Jordan dirige là encore en coloriste, attentif aux dosages des détails comme au croquis d’ensemble : tout est bien dessiné, et, plus rare, cha­que transition est remarquable. La comparaison avec la version de Simon Rattle à la tête de l’Orchestre philharmonique de Berlin (voir p. 112) est éloquente et l’on est tenté d’opposer leur technique supérieure mais un peu vaine à l’invention créative de Jordan et de son orchestre. Narratif, visuel, vivant, leur Sacre trouve une place de choix au sein d’une discographique déjà très riche (voir notre n° 139). Ce Stravinsky teinté du symbolisme le plus décadent et le plus cru ne ressemble à ­aucun autre. Résumons : un programme d’une cohérence absolu, une réussite exceptionnelle, c’est à nouveau le " Choc " !
Igor Stravinsky
(1882-1971)
CHOC
Le Sacre du printemps + Debussy : Prélude à ­l’après-midi d’un faune + Ravel : Boléro
Orchestre de l’Opéra national de Paris, dir. Philippe Jordan
Naïve V5332. 2012. 60′ Nouveauté