Certains invités ont un discours si riche et abordent des sujets si complexes que la musique passe au second plan. C’est le cas de Stéphane Hessel. Certains peuvent le regretter, d’autres au contraire s’en réjouir, car la forme se modèle en fonction de la nature de l’invité. C’est ainsi. Il est vrai que depuis que l’émission a été raccourcie d’une demi-heure les extraits musicaux sont plus brefs, mais Passion Classique demeure un moment où l’invité révèle une partie intime de lui-même à travers la musique. Ses choix musicaux sont le reflet de sa personnalité, de sa culture – « ce qui reste lorsqu’on a tout oublié » – et de sa sensibilité.
Tout le monde a la possibilité d’y vivre un moment humain, potentiellement intéressant ou simplement agréable, à condition de le vouloir et d’oublier ses préjugés, ses a priori. En matière d’invités, la diversité est la règle. A une heure de grande écoute, ce n’est pas le lieu des échanges entre spécialistes ou des conversations entre soi.
Ceux qui se sentent une âme de « gardien du temple » peuvent exprimer leur avis réprobateur sur ce blog, tant qu’ils restent polis et courtois, mais qu’ils sachent bien que cela ne changera pas l’esprit de cette émission tant que sa forme actuelle séduira une majorité d’auditeurs.
L’émission avec Stéphane Hessel a été enregistrée il y a un mois, lors d’un de ses passages à Paris, car ce grand monsieur de 93 ans parcourt le monde pour échanger ses idées avec des personnes qui ne sont pas forcément d’accord avec lui. Le conflit israélo-palestinien est l’un des grands combats de sa vie. Il développe sa vision des choses, mais n’oublie pas, par souci d’honnêteté intellectuelle, de rappeler le point de vue de ceux qui ne partagent pas le fruit de ses réflexions et qui, parfois, bataillent avec lui sur un mode violent, insultant, outrancier, sans jamais le faire sortir de ses gonds, car il a la passion du dialogue, et refuse de tomber dans une caricature qui affaiblirait son combat pacifique .
Prévue de longue date, la diffusion de cette émission coïncide de manière fortuite avec une tragédie qui a secoué la ville de Toulouse, la ville de Montauban, la nation tout entière et dont l’écho a retenti dans le monde. Des actes atroces ont été commis par un assassin et ont endeuillé des familles pour qui jamais justice ne pourra être faite même si l’auteur de ces actes monstrueux a été mis hors d’état de nuire.
Bien sûr, nul ne pourra penser un seul instant que les propos mesurés de Stéphane Hessel, qui se base sur le droit international, ne justifient de quelque manière que ce soit la lâcheté de celui qui s’est érigé en justicier, dans son esprit confus, et qui s’est conduit en meurtrier, mais sa parole franche et sans détours ne risquait-elle pas de raviver la souffrance et de provoquer la colère d’une communauté frappée de plein fouet ?
Mais, d’un autre côté, le point de vue humaniste, réfléchi, posé, hors de tout amalgame tendancieux de Stéphane Hessel n’est-il pas la meilleure réponse à la barbarie, la condamnation la plus intransigeante du fanatisme d’où qu’il surgisse ?
N’a-t-on pas besoin, précisément en ce moment et plus qu’à aucun autre, de réflexion et non pas seulement d’émotion qui peut conduire au pire si elle n’est pas surmontée par une pensée humaine, par un respect de l’autre et par une volonté de vivre hors de toute violence et en bonne intelligence ?
Les morts n’appartiennent pas seulement à une communauté. Ils brisent le destin de familles entières, mais bouleversent aussi tout être humain de quelque religion à laquelle il appartient ou de quelque mouvement de pensée dont il se réclame. La lutte contre l’obscurantisme est l’affaire de tous. Et la musique nous apporte une bienfaisante lumière tout en élargissant notre champ de conscience.
Voici le programme de Stéphane Hessel :
-La jeune fille et la mort de Schubert
-Choral « Ich ruf zu dir » de Bach-Busoni (Horowitz)
-Don Giovanni de MOZART scène finale
– 3 « madeleines » musicales :
-Marlene Dietrich
-Kurt Weill l’opéra de 4 sous
-Charles Trenet Y’a de la joie