Ma grand-mère et mes tantes m’ont raconté que je chantais Le folklore américain (ling ling ling…) dans les rues de Marseille à tue-tête. Aujourd’hui encore, je connais par coeur une bonne trentaine de ses premiers succès, au grand désespoir de ma père qui aurait certainement préféré que je sache plutôt réciter Goethe ou Schiller de mémoire comme Jean d’Ormesson. Je suis passé directement de Sheila à Mozart, sans passer par la case Rolling Stones ou Pink Floyd. Elle a incarné ma révolte de pré-adolescent dans une maison où les dieux s’appelaient Bach, Ferré et Ferrat. Ensuite, tout en fréquentant assidûment les grands chefs d’oeuvre de la musique, en passant pour un martien auprès de mes camarades de classe dans ma vénération pour Wilhelm Furtwängler ou Alfred Cortot, j’ai eu des phases Barbara, Charles Trénet ou Véronique Sanson (qui continuent), mais je ne me suis jamais résigné à brûler ce que j’avais adoré enfant. Tout en m’identifiant aux héros de la grande littérature, en m’élevant peu à peu dans les hautes sphères de l’art, il m’est cependant apparu impossible de devoir me détacher de ce que certains appelleront « un goût de concierge » pour les bleuettes faciles et les refrains entraînants de la vendeuse de bonbons.
C’est donc avec une joie enfantine que j’ai accepté la proposition de Jacques Sanchez, le délicieux programmateur de Passion Classique, d’inviter celle que j’avais toujours rêver de rencontrer au même titre que Maria Callas ou Marguerite Yourcenar, puisque Martha Argerich et Brigitte Bardot, c’est déjà fait. Cette joie était mêlée d’une appréhension coupable. Et je ne pouvais m’empêcher de me dire tout en chantonnant : on la prend, dis maman ?
Voici son programme :
Le Bolero de Ravel
Porgy & Bess de George Gershwin (Billie Holyday)
Le vol du bourdon de Rimsky Korsakov
Chic – Good times
Alain Souchon – Foule Sentimentale
Whitney Houston – I will always love you