Sempé se dit fou. Qu’il le reste puisqu’il nous apporte une vision du monde à nulle autre pareille. Mais c’est nous qui sommes fous. De lui !
Il n’a jamais appris à dessiner, mais quel travail acharné pour en arriver à cette épure et à ce sens de l’essentiel. Il a crayonné pour gagner sa vie, de manière obstinée et sans doute désespérée. Sempé est un poète, un point c’est tout. Il est modeste comme un doux vieillard et déroutant comme un enfant. Sempé n’a pas d’âge, comme son Petit Nicolas. Face à lui, on n’a pas envie de poser des questions toutes faites, des questions de journaliste. On a envie de se laisser porter, de dire ce qui nous passe par la tête, d’être à son tempo, de laisser tout doucement la magie de ce personnage si étonnant agir toute seule et se cristalliser dans un silence ou dans un rire.
Souvent, en écoutant la musique, je croisais son regard qui me fixait de manière peu conventionnelle. Me voyait-il ou était-il perdu dans son monde entre les vagues de la Mer de Debussy et les sortilèges de Ravel ? Mystère, dont nous percerons pas le secret pour ne pas en abîmer la sombre beauté.
Voici son programme :
« Jésus que ma joie demeure », Bach par Lipatti
Les madeleines: « Concerto en fa », G. Gershwin
Ray Ventura : « Chez moi »
Duke Ellington « April in Paris »,
La programmation classique :
« Concerto pour la main gauche », Ravel / R. Casadesus
« La fille aux cheveux de lin », Debussy
« Le sacre du printemps », Stravinsky, dirigé par Karajan
« Concerto de l’empereur » de Beethoven – 2e mvt – Michelangeli
« La mer », Debussy, 3e mvt, dirigé par Toscanini