SCHUBERT POUR LE MEILLEUR

Les Ébène avec Gautier Capuçon dans leQuintette ? Des turbulences, des orages, certes, mais surtout une grande connivence avec l'auditeur.

La merveille, dans ce quintette suprême tel que nous le donnent les Ébène avec Gautier Capuçon, c’est la dramatisation, une ligne d’ensemble tendue et soutenue de bout en bout, avec en même temps l’entente, l’effacement de chacun dans cette tension même, où les effets, les contrastes ne seront pas de simple dynamique mais d’âme. Il s’y ménage des plages d’intériorité, d’une discrétion suspendue, presque silencieuse. Schubert ne nous a rien laissé de mieux construit, d’aussi inéluctable dans son déroulement, et si libre pourtant dans les surprises et suspens qui s’y ménagent. La conduite d’ensemble, la connivence d’intonation, l’équilibre des timbres, l’unanimité de respiration tiennent du miracle (et quel travail derrière!). Mais la connivence avec l’auditeur, là est le plus vrai critère d’interprétation. Il est absorbé, conduit vers le silence intérieur de Schubert; obligé d’entrer.
Les orages y sont, annoncés dès le tout premier accord, péremptoire. Mais la turbulence médiane de l’ineffable adagio ne se dispersera pas en effets. Elle nous demande plus de concentration encore, elle nous introduit. Dans l’énigmatique trio du scherzo, soudain comme sorti de rien, sonorité, spiritualité, intériorité ne font qu’un. Au-delà de l’expérience musicale, qui comble, nous voici au bord d’une expérience d’un tout autre ordre. Le mystère de Schubert, le doux miracle de ses mains vides nous est rendu palpable, fraternel. Était-il nécessaire de faire suivre une expérience aussi bouleversante de cinq lieder, si parfaitement chantés qu’ils soient par Matthias Goerne ? De l’ineffable, de l’absolument pur, nous retombons d’un cran au simplement superbe.