Aux confins des paysages intérieurs de Brahms et Wagner, la Nuit transfigurée de Schoenberg, sextuor à cordes créé à Vienne en 1902, cultive une atmosphère ambiguë et vénéneuse, qui fait tout le prix de cette partition, perçue comme un adieu au romantisme et une étape stylistique. Transcrite pour orchestre à cordes quinze ans plus tard (et révisée en 1943), la partition connaîtra une audience plus large. Voilà peut-être, en dépit de nombreuses et remarquables versions concurrentes (Karajan/Berlin, Boulez/BBC, Marriner/St. Martin in the Fields, Sinopoli/ Philharmonia, Mehta/ LPO, Chailly /DSOB…) une interprétation renouvelée de cette Nuit, tant Heinz Holliger et l’Orchestre de Lausanne savent vibrer à l’unisson de cette " musique pure ", cultivant autant la flamboyance de l’expression que l’intensité du contraste. Composée par un musicien en exil (aux États-Unis), la Symphonie de chambre n° 2, quasi absente des salles de concert, est pourtant une œuvre d’une richesse insoupçonnée avec sa profusion de thèmes et son retour à une tonalité élargie, très éloignée du dodécaphonisme. La formation en magnifie les splendeurs, du mélancolique premier mouvement qui semble planer au-dessus des décombres fumants du Chant de la Terre de l’ami Gustav Mahler, à l’explosion de lumière du second et si tourbillonnant deuxième mouvement Con fuoco accolé à un Finale idéalement grinçant – d’une morgue et d’une amertume stupéfiantes avec de tels interprètes. Un superbe disque.
Arnold Schoenberg (1874-1951)
Verklärte Nacht op. 4. Chamber Symphony n° 2 op. 38. + Webern : Langsamer Satz
Orchestre de chambre de Lausanne, dir. Heinz Holliger
Zig-Zag Territoires ZZT328 (Harmonia Mundi). 2013. 62′
Nouveauté
Schoenberg par Heinz Holliger
Radio Classique
Rien d’édulcoré ou de pesant dans cette « Nuit transfigurée » de Schoenberg, juste une force tellurique et envoûtante dirigée de main de maître par Holliger.