L’éditeur américain présente l’intégralité du récital que le pianiste russe donna le 28 novembre 1963 à Leipzig. Un récital « béni des dieux », rarement disponible (paru en 1998, chez Music & Arts), dont la réédition particulièrement soignée dans un son très correct mérite la découverte.
Ce concert est le premier capté par Richter en stéréo. De l’interprète, il existe d’autres versions de ces Beethoven dont les plus connues demeurent celles, officielles, de 1991 (Decca). Cela étant, on a rarement entendu un tel investissement intellectuel et physique dans les trois sonates et Richter est au sommet de sa technique. L’organisation de l’architecture musicale, la variété inouïe du jeu, la manière de pousser l’instrument dans ses ultimes retranchements, de le plier à une volonté d’acier, tout cela est saisissant.
Le jeu d eRichter relève de la course contre le temps, terrifiante de puissance dans le prestissimo de l’Opus 109, immobile dans le finale Andante.
On dit parfois que l’on joue comme on est. C’est bien le cas ici ! Dans ces trois sonates, ce qui se produit dépasse l’entendement parce que le pianiste est porté par une concentration absolue. Il semble jouer sa vie et le public présent, comme l’auditeur plus d’un demi-siècle plus tard, se trouve tétanisé devant les prises de risques. Il faut écouter le Maestoso de la Sonate n° 32 pour connaître l’appropriation totale du discours, son caractère hypnotique et impitoyable. Et pourtant rien de fantasque ni d’improvisé !
L’Arietta, enfin, mène au-delà du propos musical, devenant une sorte de réflexion spirituelle hors du temps.
Avec Brahms et Chopin, nous reprenons contact avec le sol.
La Ballade et les deux Intermezzi n’ont rien de rêveur. Leur puissance est tour à tour percutante, sauvage et d’une extrême clarté, puis elle s’enfonce dans les ténèbres (Opus 118 n° 6). Richter passe de l’interrogation à la musique d’atmosphère pure avec une sincérité passionnée. Quel choc!
RICHTER AU SOMMET DE SON ART
Radio Classique
On a rarement entendu un tel investissement intellectuel et physique. Un concert historique.