Yuja Wang et Gustavo Dudamel enflamment les Concertos de Rachmaninov

La renommée de Serge Rachmaninov doit beaucoup à ses quatre concertos, souvent taxés de « postromantiques ». Une épithète parfaitement justifiée, à ceci près qu’on la prendra en bonne part : du romantisme, Rachmaninov se faisait une idée haute et sans concession, comme en témoignent les interprétations d’un lyrisme épuré de Chopin et Schumann qu’il nous laisse en tant que pianiste.

Du Premier, essai audacieux composé à dix-huit ans, au Quatrième, partition choyée de Michelangeli, en passant par le (trop ?) célèbre Deuxième, les Concertos exercent une séduction irrésistible sur l’auditeur en même temps qu’ils magnifient l’art du pianiste.

De là leur inoxydable popularité. Rachmaninov, à l’opposé du modernisme cultivé au même moment par ses cadets Igor Stravinsky et Serge Prokofiev, semble perpétuer l’idéal d’un monde révolu. Un plaidoyer artistique qui épouse étrangement la trajectoire du musicien lui-même, lequel choisit l’exil lorsqu’éclata la Révolution bolchévique. A l’instar de celle d’un Chopin – à qui il ressemble beaucoup -, la musique de Rachmaninov est pétrie de nostalgie.

La pianiste Yuja Wang flatte le lyrisme des thèmes grâce à son toucher enjôleur

À l’occasion du 150e anniversaire de la mort du compositeur, Yuja Wang a joué l’intégralité des Concertos aux côtés de Gustavo Dudamel et de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles. Deutsche Grammophon, qui avait placé ses micros, les publie aujourd’hui avec, en bonus, la Rhapsodie sur un thème de Paganini.

« Nous nous connectons comme si nous jouions de la musique de chambre », fait remarquer le chef au sujet de leur partenariat… consacré par une précédente version du Troisième Concerto avec l’Orchestre Simon Bolivar parue en 2013 chez le même éditeur (le Deuxième Concerto et la Rhapsodie, de leur côté, avaient fait l’objet d’un enregistrement de la pianiste chinoise en compagnie de Claudio Abbado en 2010).

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Une complicité qui saute aux oreilles à l’écoute de cette musique dont Wang flatte le lyrisme des thèmes grâce à son toucher enjôleur, tandis que Dudamel exalte le velours des timbres de la phalange étatsunienne avec amour (et une certaine complaisance). Peut-être moins imaginative que celle du tandem Daniil Trifonov/Yannick Nézet-Séguin (DG, également Trophée Radio Classique), cette intégrale de haut standing ravira les amateurs de piano et de musique russe.

Jérémie Bigorie

Serge Rachmaninov : Concertos pour piano. Rhapsodie sur un thème de Paganini. Yuja Wang (piano), Orchestre philharmonique de Los Angeles, dir. Gustavo Dudamel (Deutsche Grammophon 2 CD)

Décernés chaque semaine, les Trophées Radio Classique priment un nouvel album, mis à l’honneur notamment dans l’émission « Tous Classiques » de Christian Morin.

 

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