La nomination des 4 organistes titulaires de Notre-Dame de Paris a fait grincer des dents dans le monde musical. Une pétition a rassemblé un peu plus de 3700 signatures pour dénoncer l’absence de concours pour accéder à cette charge. Le diocèse a réagi ce mardi 25 juin.
Pas question de reculer. Les organistes nommés il y a deux mois constitueront « une équipe formidable pour le rayonnement de l’orgue, de la cathédrale, et de la liturgie », a assuré aujourd’hui Monseigneur Olivier Ribadeau Dumas, le Recteur-archiprêtre et affectataire de la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Interrogé sur cette vive polémique lors d’une conférence de presse dédiée à un point d’étape sur la rénovation du mobilier liturgique, il a saisi cette occasion pour réagir à la pétition.
Lancée le 8 juin dernier par une quarantaine d’organistes, elle remet surtout en cause l’arrivée d’un étudiant du CNSMDP de Paris, Thibault Fajoles, dont le « talent prometteur » ne saurait justifier « un choix arbitraire et sans concertation ». Il va siéger aux côtés de deux titulaires au moment de l’incendie de 2019, Olivier Latry et Vincent Dubois, et de Thierry Escaich un des plus célèbres organistes de France.
Un concours pas « opportun »
Olivier Ribadeau Dumas a tenu à rappeler la situation d’avant l’incendie : il y avait 3 organistes titulaires du Grand Orgue, 1 organiste titulaire de l’Orgue de Choeur avec un suppléant. À l’exception du second, tous ont bénéficié d’un plan social, gardant le titre mais ne pouvant plus exercer. L’organiste de choeur est resté salarié, rattaché à l’Eglise de Saint-Germain-L’Auxerrois. Parmi les titulaires du Grand Orgue, Philippe Lefebvre avait atteint l’âge de la retraite en octobre 2019.
Fallait-il alors mettre en place un concours pour désigner leurs successeurs ? Le Recteur-archiprêtre, qui a la prérogative de ces nominations, assure qu’il n’a pas écarté l’idée d’emblée : « la question s’est posée, mais cela n’a pas semblé opportun ». Il estime d’une part qu’aucun concours « n’échappe à la critique », et cite d’autre part le cas de Saint-Sulpice « qui venait de nommer un organiste sans concours ».
Nommer un jeune, un « signe important »
Olivier Ribadeau Dumas déroule ses ambitions. Il voulait remettre en vigueur « le quartier » : quatre organistes présidant aux destinées liturgiques de la cathédrale, et souhaitait précisément la présence de l’organiste renommé Thierry Escaich. Impossible de lui demander de passer un concours, ironise-t-il, « étant donné la sommité qu’il représente dans le monde de l’orgue ». Le choix de désigner un « jeune » parmi les titulaires a été délibérée, un « signe important », selon lui.
Il a ensuite défendu le parcours de Thibault Fajoles : « Il avait fait ses preuves à Saint-Germain-L’Auxerrois pendant 5 ans et [sa] compétence musicale n’a jamais été remise en cause ». Le Recteur-archiprêtre a aussi salué ses « qualités humaines » et ses aptitudes : « accompagner la liturgie » et « travailler en équipe ».
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Une position très enviée, comme l’a reconnu Olivier Ribadeau Dumas : « je comprends que beaucoup d’autres [organistes] soient mécontents de ne pas avoir été choisis ». « Que ce choix puisse susciter quelques déceptions, cela ne m’étonne pas », poursuit-il, mais s’il y a des « combats dignes, il y a des méthodes qui le sont moins », lâche-t-il.
Béatrice Mouedine (Propos recueillis par Laurie-Anne Toulemont)
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