Alternative ou complément (?) à la musicologie et aux témoignages les plus divers, récits, lettres et souvenirs, les vies romancées des grandes figures dépendent étroitement de leurs auteurs. Après La fille de Debussy à travers le regard de Damien Luce ou le Ravel de Jean Echenoz, le compositeur de Daphnis et de L’Enfant et les sortilèges revit sous la plume de Michel Bernard, dont on a déjà pu apprécier les textes consacrés à Charles Trenet (Comme un enfant) et Maurice Genevoix (Pour Genevoix). C’est l’épisode militaire de Ravel qui nous est conté ; engagé volontaire passé la quarantaine, recalé pour le front, il rejoint une base arrière comme chauffeur. Au volant d’un poids lourd ou d’une ambulance, il sillonne la campagne meurtrie. On songe au Thomas l’imposteur de Cocteau mis en images par Franju pour cette singulière " oeuvre au noir " sur l’horreur de la guerre, tandis que sous la plume de l’auteur, Ravel, bien qu’affecté, se détourne du quotidien et plonge dans la crudité des couleurs de son piano. Il termine Le Tombeau de Couperin à son retour à la vie civile, à l’automne 1917, et s’installe sur les hauteurs de Montfort-l’Amaury afin de poursuivre son oeuvre, entre jardin d’agrément et sous-bois.
Les Forêts de Ravel, Michel Bernard, Fayard,218 p., 19 €.
Ravel au coeur des ténèbres
Radio Classique
Un roman signé Michel Bernard