Plongée en apnée

"Rusalka" d'Antonin Dvorak superbement mis en scène par Stefan Herheim.

Rusalka a bien de la chance, en scène et au DVD, et nous aussi. Deux ans après une très admirable production de Munich (Kusej/Hanus) en voici, depuis la Monnaie, une non moins admirable. Même ramené au sol et dans une de nos villes ; le conte lointainement tiré d’Ondine garde l’essentiel de sa magie, celle qui vient de l’oeuvre même, sa musique d’abord, simplement sublime, où Fischer met le mouvement, le drame, la poésie qu’il faut ; et pas mal aussi de l’imagination sensible avec laquelle Herheim arrange les passages, constants, d’un univers à un autre. Effets de lumière et effets d’eau (et d’enfermement dans l’eau), magie machinée des Nymphes, capables au sol de la plus exquise et suggestive grâce (et chant, en plus) : cette Rusalka (reprise à Lyon en janvier) de bout en bout suggère, et nous tient captifs de la suggestion. Tout n’y est pas explicite ni même clair, on s’en doute. Mais le sujet le permet-il vraiment ?
Cette féerie (qui est macabre aussi, et on ne le cache pas : et sanglante) ne s’incarnerait pas si bien sans la très merveilleuse Papatanasiu, lyriquement extatique, et juvénilement dramatique aussi. Beau Prince mâle et un peu absent (il le faut) de Cernoch, étrange voix sombre de ténor. Nymphes exquises, Sorcière épatante, la Princesse est plus banale. Belle présence du Maître des Eaux, mais on ne saisit pas toujours ce que la mise en scène lui fait faire. En tout cas nous sommes suspendus ; et faisons le plongeon, sous le charme !