Il est tout sauf simple. Cela ne doit pas être facile d’être Piotr Anderszewski. Perfectionniste, insatisfait, « intranquille » comme l’a qualifié Bruno Monsaingeon dans son admirable film, qui sera diffusé sur Arte le 15 juin. Né en Pologne, de mère hongroise, vivant entre Paris et Lisbonne, c’est un être hyper-sensible et profond, qu’on a parfois du mal à comprendre tant il est un tissu de paradoxes. Son jeu intense et singulier le place au tout premier plan des pianistes d’aujourd’hui.
L’émission a été difficile à mettre en place. Piotr souffre, mais il fait souffrir autour. Pas moins de quatre heures de montage pour obtenir un résultat radiophonique cohérent. Mais le jeu en vaut la chandelle. Son intégrité, la justesse de ses analyses, l’honnêteté farouche de son discours sont exceptionnelles. Je suis extrêmement surpris quand j’entends dire qu’il n’est pas « sympathique ». Quel intérêt ! Pialat n’était pas « sympathique ». A un certain niveau artistique, on ne devrait pas émettre de jugement superficiel. Doit-on juger Andersewski comme on qualifierait sa concierge ou le guichetier de la poste ?
J’ai été très ému par ses propos sur Mozart : « qui dit une chose essentielle et qui montre ses fesses, qui passe du sublime au quotidien en quelques secondes ». Et sur Chopin, qui « frappe la balle au centre de la raquette » ou Schumann « qui a tout raté dans sa vie, sauf son mariage ».
Piotr Anderszewski n’est pas comme tout le monde et il n’a pas peur de le montrer, forcément il ne plaît pas à tout le monde. Mais ceux qui sont charmés par son personnage et captivés par son art le sont pour longtemps.
Son programme :
Bach : Partita n° 2
Madeleines
Petite Musique de Nuit de Mozart
Missa Solemnis de Beethoven
Concerto pour deux pianos de Mozart
Szymanowski : Concerto pour violon n° 2 (Zehetmair)
Schumann : Le Paradis et la Péri (Harmoncourt)
Bach : Messe en si (Jacobs)
Chopin : Mazurka op. 68 n° 4
Beethoven : Quatuor n° 15 (Quatuor Alban Berg)
Mozart : La flûte enchantée, air de Sarastro (Kurt Moll)