Philippe Jaroussky chante Bach et Telemann

Deux regards sur le genre de la cantate sacrée

Le statut de Georg Philipp Telemann (1681-1767) demeure peu enviable de ce côté-ci du Rhin : « invendable » affirment les disquaires, l’œuvre entière de notre homme restant couramment reléguée comme « aimable », « répétitive » et, de surcroît, d’une abondance suspecte. Pour couronner le tout, la postérité ne lui pardonne pas d’avoir été, en son temps, plus célèbre que Johann Sebastian Bach (et même Georg Friedrich Haendel), qu’il connut personnellement. Dans son nouveau récital, le plus célèbre contre-ténor français s’emploie à combattre ces idées reçues et à faire dialoguer les cantates sacrées de nos deux grands musiciens. Une heureuse initiative qui permet d’entendre les rares cantates Dis stille Nacht et Jesus liegt in letzten Zügen de Telemann couplées avec les plus célèbres Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust et surtout Ich habe genug de Bach, cette dernière étant chantée généralement par des basses ou des mezzo-sopranos. On retrouve avec plaisir le jeu fruité et affûté de l’Orchestre Baroque de Fribourg (dirigé du violon par Petra Müllejans), auquel on doit une version de référence d’une des œuvres les plus fameuses de Telemann : la TafelMusik ou Musique de table (Harmonia mundi), pendant germanique des Symphonies pour les Soupers du Roy de notre Delalande.
Certainement un jalon important dans la carrière discographique de Philippe Jaroussky, jusque là majoritairement dévolue au répertoire italien, en même temps qu’une excellente introduction à l’année Telemann : on fêtera en 2017 le 250e anniversaire de sa mort.

Cantates sacrées de Bach et Telemann par Philippe Jaroussky et le Freiburger Barockorchester (1 CD Erato)