Philippe Forest, demain dès l’aube, il écrit

Il n’aime pas l’expression « travail de deuil ». Comme s’il existait une gymnastique pour réparer l’irréparable. Comme si les farceurs du développement personnel à l’américaine avaient gagné contre la métaphysique. Il aime l’orthographe archaïque du mot « doeil ». Et cite Desnos : « deuil pour deuil« . Son oiseau blessé, son petit ange est mort hier, il avait trente-quatre ans.
Il plaide coupable : « Engagé depuis quelque vingt ans, je le sais bien, dans une croisade à la Don Quichotte qui me voit combattre les moulins du bon sens, plaider contre le monde et souvent en dépit de moi-même, en soutenant que toute perte est irréparable, doit le rester, que d’elle procède la part la plus humaine de nous-mêmes. »
Je me souviens de Yann Queffélec, lors des obsèques de Brigitte Engerer, quand s’est élevée sa voix de loup de mer dans les voilures roides de la nef de Saint-Roch contre l’expression « personne n’est irremplaçable ». Le bon sens peut être très con.
Comme Rimbaud, comme Aragon, Philippe Forest croit au vertige. Car l’Homme croît au vertige. « Rien ne compte plus que le vertige » disait Aragon. Rien ne conte plus que le vertige, renchérit l’écrivain courageux qui trouve sa vérité en défiant chaque jour, dès l’aube, sa peur du vide.

Voici son programme :

4 morceaux classiques :

1) Liszt, Dante-Symphonie, « Purgatorio »
2) César Franck, Sonate pour violon et piano en La Majeur, début
3) Ravel, Concerto en Sol, début du 2ème mouvement
4) Britten, Illuminations, IX. « Départ »

3 Madeleines :

1) Franz Lehár, Le Pays du Sourire, « Je t’ai donné mon coeur »
2) Léo Ferré, « Je chante pour passer le temps »
3) Leonard Cohen, « Take this waltz »