Philippe Djian est sourd d’une oreille. Cela s’entend : le timbre de sa voix manque d’harmoniques. Sa plume non. D’un handicap, il a fait une force, car sa langue écrite est riche de sons induits, cachés, de résonances impalpables. Il cherche, mais ça ne se voit pas. C’est la noblesse du style de ne pas rouler des mécaniques et d’éviter d’attirer l’attention du lecteur sur le travail de chien de l’écrivain. Mais, entre les lignes, si l’on tend l’oreille, on se régale autant que si l’on suit benoîtement le déroulement d’une intrigue, la politesse de l’écrivain envers son lecteur. Cette politesse de base n’exclut pas le jeu, la complicité secrète avec l’amateur éclairé qui veut plus qu’une bonne histoire bien racontée. Et aussi le jeu avec la narration, sans se priver de l’improbable et en se défaisant du harnais de la vraisemblance. Car, depuis la préface de Pierre et Jean de Maupassant, on sait que le vrai n’est pas toujours vraisemblable. Philippe Djian a partagé avec générosité sa vision du roman durant cette émission. Selon ses mots, il a tenté d’offrir quelque chose à l’auditeur pour rendre ce qu’il a reçu à travers cette invitation. Là encore, c’est la classe, comme on dit familièrement.
Voici son programme :
– Bellini : Les Puritains (par Maria Callas)
– Steve Reich : Different trains, « Before the war »
– Hilary Hahn Silfra : « North Atlantic »
– Une pièce pou violoncelle de Bach (par Paul Tortelier)
Madeleines :
– The Kinks : « A Well respected man »
– Lou Red : « Perfect Day »
– Talking Heads : « Psycho Killer »