« Peter Grimes » de Britten par Robin Ticciati

C’est notre époque avec ses laideurs, sociales, humaines, qui nous regarde en miroir, et nous dit : rien ne change… Et cette vérité ancrée en tous est servie par une équipe formidable dirigée par le jeune Robin Ticciati dans la fosse.

Un Peter Grimes claustrophobique, entre intérieurs tristes et façades de l’architecture anglaise contemporaine la plus banale, où la mer, absente, n’est sensible que par quelques mouettes immobiles – et la musique. Le Peter Grimes signé Richard Jones à Milan est de la même veine que celui de Graham Vick à Bastille, actuel, critique, montrant une Angleterre terrifiante de petitesse, de misère sournoise des esprits, vulgaire, méchante, prête à pendre le mannequin de " l’autre " faute de le tuer. Aucune complaisance ici, c’est notre époque où rien ne change depuis Crabbe.
Et cette vérité ancrée en tous est servie par une équipe formidable. John Graham-Hall n’a pas la voix la plus séduisante qui soit, mais il est ravageur, en présence têtue, en folie irrésistible, marquées d’un emportement vocal irrésistible : un Grimes, un vrai, qui ne sait que se confronter aux autres, un solitaire par nature, désespérant, désespéré. Formidable aussi, Susan Gritton, timbre fruité à goûter à pleine oreille, vieille fille marquée, souffrance incarnée, déchirante, et évidente prochaine victime. Et la Tantine de Felicity Palmer, vieux débris encore conscient de la dignité humaine, et le Balstrode de Christopher Purves, repoussant de froideur, mais ouvert à toute détresse, et toutes les trognes autour, chœur et solistes magistralement croqués… La direction excitée de Robin Ticciati est à l’aune de l’interprète principal – les interludes sont sauvages, incendiés – et le commentaire orchestral, très fouillé, et qui se décante peu à peu en formidable détresse, n’est jamais complaisant, mais lucide. Un grand Grimes de plus ? Mieux, une grande soirée d’opéra.
Benjamin Britten
(1913-1976)
CHOC
Peter Grimes
John Graham-Hall (Peter Grimes), Susans Gritton (Ellen Orford), Christopher Purves (Balstrode), Felicity Palmer (Auntie), Chœurs et Orchestre de La Scala de Milan, dir. Robin Ticciati, mise en scène Richard Jones
Opus Arte OA 1103 D. 2012. 2 h 34′. Son §§§ Images §§§