D’après le communiqué de Serhan Bali, rédacteur en chef du magazine Andante, la communauté artistique de Turquie s’oppose à un projet de loi dont la première conséquence sera d’imposer la fermeture de tous les établissements artistiques financés par l’État dans le pays. Toutes les institutions étatiques symphoniques, lyriques, chorégraphiques, les compagnies publiques de théâtre, certaines âgées de plus de 50 ans, pourraient disparaître, dès que ce projet de loi sera adopté au parlement. Des millions de Turcs à travers le pays risquent d’être privés de toute sorte d’activités artistiques.
Le projet envisage en fait de créer un "Conseil des Arts" sur le modèle de l’English Arts Council. De nombreuses personnes ne sont pas opposées à un tel modèle. Il permettrait d’utiliser l’argent public d’une façon plus neutre et plus démocratique. Mais les opposants au projet soulignent que les gouvernements de Turquie, y compris le gouvernement actuel, ne possèdent pas de vision globale leur permettant de gérer les arts de la scène d’un point de vue moderne. Ce que l’actuel gouvernement, de fait, a en tête, en proposant ce modèle n’aurait rien à voir avec le modèle anglais.
D’une part, ce "Conseil des Arts" (en turc TUSAK) ne pourra absolument pas agir comme une agence autonome du fait que ses 11 membres seront directement choisis par le Conseil des ministres. D’autre part, certains idéologues du parti au pouvoir ont déjà fait connaître ces deux dernières années ce qu’ils entendaient par le concept "d’art conservateur". De nombreuses personnes en Turquie pensent que le TUSAK sera l’enfant de cette pensée conservatrice. Le gouvernement de M. Recep Tayyip Erdogan a déjà, et depuis longtemps, manifesté sa réprobation envers les artistes travaillant dans les institutions publiques artistiques, accusés de prendre parti pour l’opposition. Le premier ministre a déjà menacé, en avril 2012, de "privatiser toutes les institutions artistiques de l’Etat".
La communauté artistique de Turquie mobilisée contre ce projet se déclare persuadée qu’il s’agit d’un piège du gouvernement afin de se débarrasser des artistes et de leurs institutions, et qu’il n’apportera rien au peuple de Turquie, si ce n’est marchandisation, dévalorisation et désertification du pays en termes d’événements artistiques de qualité.
Orchestres et opéras de Turquie en danger
Radio Classique
Le rédacteur en chef du principal magazine de musique classique en Turquie lance un cri d'alarme.