Nemanja Radulovic joue Bach

Une virtuosité bien ordonnée

Les fées semblent s’être penchées sur le berceau de Nemanja Radulovic : à seulement sept ans, il apprivoise avec succès l’instrument le plus ingrat qui soit pour les débutants : le violon. Mais la Serbie où il grandit se fait, dans les années 1990, le théâtre de la guerre civile que l’on sait. Pour le jeune musicien, cela est synonyme d’exil et d’un travail acharné afin de percer à la faveur de concours internationaux. Il élit domicile, avec sa famille, à Paris. Mais du tzigane il conserve la farouche indépendance, l’allure ténébreuse (ses longs cheveux d’un noir de jais) et cette manie de ne jamais s’installer dans un répertoire : toujours en mouvement ce Nemanja ! En 2006 Salle Pleyel, son remplacement au pied levé de Maxim Vengerov dans le Concerto de Beethoven signe le coup d’envoi d’une reconnaissance internationale.
Après un enregistrement fameux consacré aux Quatre Saisons de Vivaldi et plusieurs récitals thématiques, Nemanja Radulovic s’attaque désormais à la figure peut-être la plus intimidante de l’histoire de la musique : Jean-Sébastien Bach ; mais, fidèle à son habitude, il arpente l’œuvre du maître par des sentiers de traverse : si l’on y retrouve la monumentale Chaconne pour violon seul, le Concerto en la mineur BWV 1041 ou le Concerto pour deux violons en ré mineur BWV 1043, l’album réserve son lot de surprises, telles les transcriptions de la célébrissime Toccata et fugue en ré mineur (initialement composée pour orgue) et de l’Air tiré de la Suite pour orchestre n° 3 BWV 1068. Notre soliste troque le violon pour l’alto dans une autre curiosité : le Concerto pour alto dans le style de Johann Christian Bach, signé d’Henri Casadesus.

Bach par Nemanja Radulovic et l’Ensemble Double sens (1 CD Deutsche Grammophon)