MYSTÈRE ET AMOUR DES SONS

Compositeur secret et prolixe, Phillipe Hersant écrit une musique d'une richesse rare, à la fois archaïsante et complexe. Découvrez ses Quatuors.

C’est en 1985 que s’est ouvert le catalogue de musique de chambre de Philippe Hersant avec un premier quatuor à cordes, puis un second trois ans plus tard. Cette pièce est l’une de celles où le compositeur se dégage de l’austérité de ses débuts et révèle son lyrisme si singulier en renouant avec la tonalité. Dans ce Quatuor n° 2, la densité et l’agitation du premier mouvement s’opposent au caractère funèbre et obsessionnel du quatrième, tandis que les deux mouvements intermédiaires, plus brefs, assurent l’unité formelle. On pense parfois à Britten. Comme celle de son aîné, la musique de Philippe Hersant se nourrit de paradoxes : elle semble à la fois archaïsante et complexe, abstraite et évidente, éclatante et intimiste, morcelée et unitaire. « Depuis que je l’ai découverte, elle m’a poursuivi par son intense pouvoir d’enchantement », disait Henri Dutilleux. On se saurait mieux dire, car le souvenir est au coeur de son esthétique. Ainsi les Fantaisies sur le nom de Sacher (2008-2013) jouent avec les hommages antérieurs au grand mécène (via Dutilleux, Britten ou Boulez), citent aussi Beethoven, Mahler, Chostakovitch ou Stravinsky, et multiplient les ambiances, raréfiées, dramatiques, sarcastiques, faussement naïves…
Les mêmes qualités d’évocation, où la composition s’élabore autour d’images sonores et mentales, se retrouvent dans les cinq Mouvements pour quintette (2010) et les onze duos desCaprices (1993). Constamment inspirés, d’une justesse sans faille, les Hugo Wolf, un quatuor viennois à la sonorité nourrie, et très bien captée, donnent des versions de référence de ces différentes oeuvres, supérieures, notamment, à celle des Rosamonde (Adda) dans le Quatuor n° 2. Ces merveilleux musiciens nous doivent désormais l’enregistrement des Quatuors nos 3 et 4, deux pièces d’une vingtaine de minutes chacune, créés respectivement en 2011 et 2014, et où le compositeur s’est plus que jamais senti « libre et dégagé de toute tentation spéculative ». À quand un enregistrement sous le label Megadisc Classics ?