Gérard Mortier a été un directeur l’Opéra de Paris militant et une homme aux propos d’une rare arrogance. Il prend les libertés d’un artiste en oubliant qu’il est un commis de l’Etat. Qu’il n’aime pas Massenet, Louis de Funes ou le château de Versailles, c’est son droit. Mais qu’il profite d’une position au pouvoir écrasant, d’un budget pharaonique et de la confiance des contribuables français pour gouverner selon son bon plaisir n’est pas acceptable. « Bon plaisir » n’est pas dans son vocabulaire, mais le résultat est le même. Au moins, François 1er faisait venir Leonard de Vinci, ce qui était autre chose que cette esthétique de la laideur allemande troublée par la culpabilité d’un passé dont nous n’avons que trop subi les outrages. Mortier est l’ennemi du goût français. Il aime les spectacles à thèse alors que l’esprit français se conjugue avec finesse autour de thèse, antithèse, synthèse. Nous n’aimons pas ici les vérités trop crues, nous y voyons un manque de finesse et d’imagination. D’ailleurs, nous nous méfions des vérités péremptoires assénées par des ambitieux égocentriques trop faibles pour créer leur propre création originale et qui préfèrent polluer la création des autres par leurs obsessions. Cela fait parfois des spectacles inspirés, mais toujours lourdingues et prétentieux dans le fond. En France, nous sommes comme Roxane, l’héroïne de « Cyrano de Bergerac » : nous aimons qu’on nous charme et qu’on nous enchante de beaux discours. C’est notre côté précieuse ridicule, certes. Mais cela a donné aussi Marivaux, Rohmer, Debussy, Ravel, Musset… Nous avons aussi un côté Cyrano, prompts à nous enflammer et à aimer passionnément. Mais toujours avec esprit, goût et en alexandrins si possible.
Monsieur Mortier n’aime pas la France. Nous ne l’aimons pas non plus. Il part en Espagne leur apprendre ce qu’est l’opéra, leur dire que Don Quichotte est un homosexuel, noir, juif et handicapé et qu’ils sont des ploucs n’aimant que la corrida et la sangria. Grand bien leur fasse !