Mort du compositeur Einojuhani Rautavaara

Grand seigneur de la musique finlandaise

A la fois mystique et rationaliste, romantique et intellectuel, le compositeur finlandais Einojuhani Rautavaara (1928-2016) aimait cultiver les paradoxes même si, rétrospectivement, son cheminement esthétique semble suivre une évolution clairement identifiable : parti d’un néo-classicisme élégant dans les années 50, cet exact contemporain de Karlheinz Stockhausen expérimente le sérialisme  – mais avec un usage d’une grande souplesse – avant sa propre synthèse entre modernisme et tradition, caractéristique de la dernière partie de sa production.

Vaste et éminemment personnel, son catalogue comprend sept opéras, sept symphonies, douze concertos, ainsi qu’un nombre important de pièces orchestrales, chorales et de musique de chambre (notamment quatre quatuors à cordes). Professeur de composition à l’Académie Sibelius d’Helsinki de 1976 à 1990, il compte Esa-Pekka Salonen, Kalevi Aho ou Olli Mustonen parmi ses élèves ; mais son rayonnement, dû à sa position intermédiaire et sans équivalent entre Jean Sibelius et la nouvelle génération de musiciens finlandais (Magnus Lindberg, Kaija Saariaho…), dépasse de loin les frontières de son pays.

La pièce pour orchestre et bande magnétique Cantus Arcticus (1972), intégrant de véritables chants d’oiseaux, constitue probablement l’une de ses œuvres les plus célèbres en même temps qu’une excellente introduction à son univers aux côtés de la Symphonie n° 7, sous-titrée « Ange de lumière », qui s’inscrit quant à elle dans la série de ses pièces d’orchestre contenant le mot « ange ». A ce sujet, Rautavaara écrivait : « Ces anges n’émanent d’aucun des contes enfantins que nous connaissons, mais remontent à la plus ancienne tradition qu’est un archétype, ce vieux compagnon de l’humanité (…) Il nous accompagne comme nous l’accompagnons, encore aujourd’hui, en nous permettant de maîtriser la vie et de comprendre le monde. »