Après de formidables Duos de Schubert, après un bouleversant Trio op. 40 de Brahms, Isabelle Faust et Alexander Melnikov, cette fois-ci avec leur habituel complice Jean-Guihen Queyras, nous offrent deux modèles de trios de Beethoven. Grande intelligence de conception musicale, savoir-faire instrumental de haut vol, travail d’ensemble abouti et plaisir sonore communicatif ; rares sont aujourd’hui les disques qui non seulement bouleversent la discographie mais surtout proposent une véritable interprétation musicale accomplie, synonyme d’appropriation sonore dans le respect du texte.
Le choix d’un pianoforte et d’un jeu sans vibrato aux cordes ne relève pas d’une idéologie de la part des musiciens : simplement, ils parviennent à proposer un équilibre instrumental tout en respectant les indications du compositeur, ce qui est particulièrement délicat – pour ne pas dire impossible – avec un piano moderne. La sonorité d’ensemble n’est alors jamais épaisse, même dans les moments les plus engagés, et la polyphonie d’une parfaite lisibilité, même dans le massif Trio " Archiduc " qui gagne ici une transparence rarement entendue ailleurs. Plus intéressant et séduisant encore, ils ne font pas de Beethoven un romantique avant l’heure, mais au contraire livrent ce qui relève du classicisme de l’écriture, tout en montrant sa modernité sonore.
Replacées correctement dans la chronologie esthétique, les œuvres gagnent en pertinence et en beauté : l’Allegretto " schubertien " de l’Opus 70 n° 2, tout comme son Finale symphonique, montrent alors pleinement le génie visionnaire de Beethoven. Architecturées et libres, vibrantes et modernes, simples et belles, ces interprétations correspondent exactement à ce que doit être la musique de Beethoven pour bouleverser et émouvoir, et rendent caduques les petites querelles entre interprétations " anciennes " et " modernes ". Sans totalement effacer les plus grandes réussites antérieures : Beaux-Arts Trio (Philips), Schneider/Istomin/Casals (Sony), ces trois musiciens de haut rang font l’événement qui fera date dans la discographie de ces œuvres. Espérons que d’autres trios suivront…
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Trios avec piano op. 70 n° 2 et op. 97 « L’Archiduc »
Alexander Melnikov (pianoforte), Isabelle Faust (violon), Jean-Guihen Queyras (violoncelle)
Harmonia Mundi HMC902125. 2011. 67′
Nouveauté
Melnikov, Faust et Queyras en Trios de Beethoven
Radio Classique
Trois musiciens marquent d’une pierre blanche la discographie de l’« Opus 70 n° 2 » dédié à la comtesse Marie Erdödy et de l’« Archiduc » de Beethoven.