Marc Fumaroli est un esthète au sens où pour lui le goût compte davantage que les idées. Le goût est ce qui nous appartient en propre, tandis que les idées nous traversent et parfois s’attardent comme une greffe qui aurait pris par hasard dans un corps étranger. Le goût est une lente décoction de nos émotions passées au filtre d’une éducation sentimentale, d’un esprit critique, d’une forme, d’une pudeur, d’une élégance, tandis que les idées nous sont imposées par un groupe de pression, un lobby, une clique. Le goût, c’est la partie aristocratique de nous-même, que l’on soit puissant ou misérable, bien né ou plébéien. C’est notre « bon plaisir ». Les idées, c’est la partie totalitaire de nous-même. C’est la volonté de voir le monde à la manière d’un cyclope, alors que le goût nous fait voir, sentir, écouter le monde sans autre a priori qu’un besoin de beauté et d’élévation. On ne meurt pas pour son goût comme on peut mourir pour ses idées, mais on peut se battre pour lui quand il devient une idée fixe. Il n’y a pas de goût « nauséabond » comme on le dit parfois des idées, car le goût accueille le bizarre comme une partie de la beauté, comme un enfant prodigue qui revient tout crotté, mais qui n’en demeure pas moins un enfant. Les idées procèdent par opposition de concepts, le goût procède par association de sensations. La métaphore, auquel Marc Fumaroli vient de consacrer un livre, appartient donc au royaume du goût. Pas du « bon goût » qui est une idée bourgeoise doublée d’un pléonasme. Mais du gusto, au sens où Mozart et Chopin l’entendaient. Un monde mystérieux où rien n’est démontré, déclamé, asséné et tout est senti intimement, en vibration naturelle et légère.
Les idées divisent ou rassemblent. Le goût réunit.
Voici son programme :
Couperin les Goûts réunis
Vivaldi concerto Amoroso
Haendel un des grands airs de Rodelinda
3 madeleines :
Un air de Ciboulette de Reynaldo Hahn
Lakmé Pourquoi dans les grands bois aimè-je m’égarer pour y pleurer
Une chanson de Brel Jeff