Après un premier disque capté en public dans la foulée de son entrée fracassante sur la scène musicale, le jeune prodige français propose ici, toujours chez Sony, un enregistrement studio mêlant aux bien connus Bach et Beethoven le plus rare Nikolaï Medtner (1879-1951), compositeur russe émigré à Londres à la suite de la révolution bolchévique, et que Rachmaninov en personne tenait en très haute estime. C’est la fantaisie et une extraordinaire liberté qui préside à l’agencement du programme – et à l’option du pianiste -, de la Toccata de Bach interprétée à la manière d’une improvisation, à l’insolente Sonate n° 7 de Beethoven rejoignant les digressions et l’humour de Joseph Haydn. Jouée sans pathos, la Sonate de Medtner referme sur une note nostalgique ce récital en tout point atypique.
Sans doute faut-il voir dans ce couplage inédit le reflet de la formation peu académique de Lucas Debargue : venu au piano à onze ans, il prépare à vingt-quatre ans le prestigieux concours Tchaïkovsky 2015 sur les conseils de sa professeure de piano à l’Ecole Normale de Musique, Rena Shereshevskaya. Il y décroche (seulement) le quatrième prix, mais l’Association des critiques musicaux de Moscou ne s’y est pas trompée, qui lui décerna le sien. Le coup d’envoi d’une carrière plus que prometteuse.
Lucas Debargue joue Bach, Beethoven, Medtner (1 CD Sony)