Fin 1963 : lorsqu’on posa la dernière pierre à l’édifice de la Philharmonie de Berlin après trois ans de travaux, Herbert von Karajan, qui supervisa le chantier, pouvait rajuster sa crinière argentée avec satisfaction : il avait obtenu ce qu’il voulait. L’ancienne salle, détruite durant la guerre, obligeait l’orchestre à prendre ses quartiers dans divers lieux de dépannage. Une situation inadmissible pour la phalange symphonique la plus réputée du monde. Mais l’architecte Hans Scharoun et l’acousticien Lothar Cremer ont fait bien plus que lui offrir un abri : si le chapiteau jaune en forme de pentagone date un peu (on ne tarda pas à le surnommer « Karajan circus »), l’auditorium qu’il couvre reste une référence absolue en matière d’acoustique, en même temps que l’emblème des salles dites « en vignoble ». Il n’est pas jusqu’à notre Philharmonie de Paris récemment érigée qui ne le prenne pour modèle : un agencement « démocratique » des places, sous forme de plusieurs terrasses inclinées entourant le plateau central et tranchant avec la vue frontale longtemps en vigueur.
Buste légèrement voûté et yeux clos, le démiurge Karajan était naturellement à la tête de son orchestre pour la soirée inaugurale du 15 octobre 1963. Au programme figurait l’ultime Symphonie « Hymne à la joie » de Beethoven, avec rien de moins que Gundula Janowitz (soprano), Sieglinde Wagner (contralto), Luigi Alva (ténor) et Otto Wiener (baryton). Francis Dresel nous propose de revivre ce concert électrisant lors de son émission « Le grand concert du dimanche soir » ce 26 juin à 21h. La soirée se poursuivra notamment avec un extrait du Septuor du même Ludwig van par le bien nommé Ensemble Scharoun. Baptisé ainsi en hommage à l’architecte, cette formation de musique de chambre fondée en 1983 se compose de quelques-uns des plus brillants éléments du Philharmonique de Berlin.