L’Opéra de Rouen expérimente

L’Orchestre maison envisage de jouer sans partition

La tourne des pages, objet d’angoisse des musiciens, sera-t-elle toujours à l’ordre du jour ? Il semble que les avancées technologiques changent la donne. Si les formations chambristes furent les premières à tester ces nouvelles opportunités, à l’image du Quatuor Tana – premier ensemble européen converti au système Airturn de partition électronique -, c’est à présent autour d’un orchestre de se soustraire au dictat de l’imprimé en recourant aux tablettes numériques. Ainsi des musiciens de l’Opéra de Rouen, lesquels vont se livrer le 15 septembre prochain à une exécution de la Sonate de Vinteuil (d’après Proust) conçue par quatre compositeurs différents, tous étudiants au conservatoire de Rouen. Cette création, qui fait usage d’une application mise au point par la société Newzik, sera donnée dans le cadre du festival Normandie Impressionniste.

Reste à savoir si la conversion gagnera à moyen terme la totalité des orchestres symphoniques, où la tourne des pages donne lieu à toutes sortes d’arrangements entre les musiciens partageant le même pupitre. En règle générale, chaque binôme convient à l’avance de celui qui sera d’astreinte. Juchés sur leur chaise haute, les contrebassistes n’ont pas d’autre solution que de s’aider de leur archet ; entourés par tout un arsenal d’instruments, les percussionnistes, toujours les mains pleines, doivent faire preuve d’une grande rapidité dans la tourne des pages. Des gestes que le compositeur contemporain Francesco Filidei (né en 1973) décida d’intégrer à sa propre musique : sa première pièce d’orchestre consistait uniquement à tourner les pages des partitions…