Voici deux sommets du répertoire concertant pour violon, souvent couplés au disque. Daniel Barenboim les avait du reste déjà gravés aux côtés de Maxim Vengerov à la tête de l’Orchestre Symphonique de Chicago (Teldec). En sollicitant Lisa Batiashvili dans le Concerto de Tchaïkovsky, il ignorait sans doute les rapports complexes que la violoniste géorgienne entretenait avec l’œuvre, ainsi qu’elle s’en explique : « J’avais fait une croix sur cette partition, parce qu’elle est jouée par tellement de violonistes et j’ai tellement d’interprétations en tête ». Mais l’optique de notre binôme, loin du sentimentalisme excessif que certains aiment à exalter, se caractérise par une certaine ascèse dans la sensualité et épure dans le lyrisme en ce qu’elle ne perd pas de vue l’architecture : « Il faut remplir l’architecture du morceau d’un contenu émotionnel et donner aux émotions une structure. C’est seulement ainsi que la musique peut naître », affirme le chef.
Un point de vue qui devrait s’adapter tout aussi bien au Concerto de Sibelius dont la partie soliste exige une technique impeccable quoique récusant toute virtuosité gratuite. La réussite tient certainement à la synthèse recherchée entre rhapsodie et architecture. On notera que cet enregistrement studio fut réalisé après une série de concerts, ce qui confère une grande fluidité aux dialogues soliste/orchestre.
Tchaïkovsky – Sibelius : Concertos pour violon, Lisa Batiashvili (violon), Staatskapelle Berlin, dir. Daniel Barenboim (1 CD Deutsche Grammophon)