Les retrouvailles de Frank Peter Zimmermann avec son violon

Le Stradivarius Fritz Kreisler « Lady Inchiquin »

Les pianistes ont certes leurs habitudes : d’aucuns (la majorité) préfèrent la marque Steinway, quand d’autres affectionnent Bösendorfer (Wilhelm Backhaus), Fazioli (Aldo Ciccolini) ou Yamaha (Sviatoslav Richter). Il y a aussi les maniaques qui ne jouent que sur leur propre instrument, tels Vladimir Horowitz ou Arturo Benedetti Michelangeli, ce dernier préparant et accordant lui-même son piano avant chaque concert ; sans parler de Glenn Gould, flanqué de son éternelle chaise disloquée… Mais le rapport d’un violoniste avec son violon est beaucoup plus symbiotique. Sans doute parce que, contrairement au clavier dont les touches sont en quelque sorte « préfabriquées » et n’ont plus qu’à être pressées (le fameux « toucher »), la sonorité du violon reste entièrement tributaire de celui qui en joue. Et le philosophe Michel Serres d’établir un pertinent parallèle avec l’écriture manuscrite, où l’on façonne les lettres à la main, et celle (tapuscrite) via un clavier d’ordinateur mettant l’ensemble de l’alphabet à la disposition des doigts.

Pour toutes ces raisons, les instrumentistes à cordes en général, et les violonistes en particulier, sont d’autant plus attachés à leur instrument, lequel les accompagne durant toutes leurs tournées. Une relation qui avoisine celle d’un couple, avec ses périodes d’apprentissage, ses idylles… et ses orages. Certains ne jurent que par les Stradivarius ; d’autres, considérant sa sonorité trop « typée », préfèrent le timbre, superbe mais plus souple, d’un Guarneri del Gesù. Dans tous les cas, le recours au mécénat est indispensable afin de financer – et d’assurer – l’œuvre d’art qu’ils ont entre les mains. Aussi Frank Peter Zimmermann est-il à la joie de retrouver « son » Stradivarius « Lady Inchiquin » (qui fut, par le passé, la propriété du grand Fritz Kreisler) : le violoniste allemand dut s’en dessaisir,  après treize années de vie commune, à la suite de la faillite de son sponsor en juillet dernier. Heureusement, le gouvernement  a pu se porter acquéreur de l’instrument et le lui confier pour un prêt de longue durée, selon The Violin Channel.