LES GRANDS ESPACES DE LA MUSIQUE DE CHAMBRE DE JOHANNES BRAHMS

Marie-Elisabeth Hecker et Martin Helmchen assument l'héritage classique de Brahms et le cadre de la sonate sans pour autant brider leur imagination ni réduire leur palette de nuances et de couleurs.

Le monde du classique aime aussi les belles histoires : un beau prince du piano qui épouse une belle princesse du violoncelle. Et comme dans toute belle histoire, de leur union naît… un très beau disque, qui permet, en outre, d’apprécier ces deux musiciens allemands réunis pour la première fois en duo au disque. Native de Zwickau, comme Schumann, Marie-Elisabeth Hecker étudie le violoncelle avec Peter Bruns puis Heinrich Schiff. Les Parisiens ont pu la découvrir quand elle obtient, en 2005, le premier prix du concours Rostropovitch, avant de la retrouver, entre autres, à l’Auditorium du musée du Louvre. Martin Helmchen, Berlinois, est sans doute plus connu des mélomanes. Après avoir remporté le premier prix du concours Clara-Haskil en 2001, il mène depuis une brillante carrière et a déjà beaucoup enregistré, essentiellement pour Pentatone où il apparaît seul (Schubert, Schumann), soliste de concertos (Mozart, Mendelssohn, Schumann, Dvorák) ou partenaire de Julia Fischer dans la musique pour violon et piano de Schubert.
En proposant une nouvelle version des deux sonates de Brahms, les deux artistes affrontent une longue liste de concurrents sur laquelle se sont inscrits les plus grands. Un autre magnifique couple, Jacqueline Du Pré et Daniel Barenboim (EMI), a notamment marqué la discographie. S’ils orientaient ces deux partitions vers des duos concertants, Marie-Elisabeth Hecker et Martin Helmchen créent, à l’opposé, un monde poétique tout en nuances et subtilité, préservant toujours un cadre intimiste, même dans les moments les plus lyriques. C’est un véritable tableau sonore alla Friedrich qui nous est proposé, avec ses ombres et ses mystères, mais aussi ses contrastes et parfois même une lumière crue, celle qui transperce les nuages.
Cette lumière vient principalement de Marie-Elisabeth Hecker, qui fait preuve d’une maîtrise instrumentale et d’une imagination sonore sans limite, parvenant, malgré son imposante partie, à magnifiquement allier puissance et délicatesse. Martin Helmchen se montre bien entendu un partenaire attentif, d’une rare intelligence de jeu, cédant le registre grave au violoncelle pour mettre davantage en valeur le médium et l’aigu, en une belle complémentarité de registres, même si on pouvait espérer un piano aux couleurs plus intenses. Cela se perçoit principalement dans la Sonate n° 1 où il apparaît un rien en retrait au contraire de la N° 2, plus équilibrée, évidente, profonde.
Parfaitement conduites et maîtrisées, montrant l’héritage classique de Brahms, ces interprétations posées forcent l’admiration par leur démonstration chambriste, dans ce qu’elle a de plus noble en termes de partage musical.